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L’œil : Chapitre 3

L’œil : Chapitre 3

28 avril 2014 12 h 58 min0 comments

Chapitre 1
Chapitre 2

“- Léa Fontaine. Réveillez-vous.”

Elle ouvrit un oeil, puis l’autre, et les referma. Elle crut à un fantôme, une erreur induite par son cerveau. Ça ne pouvait pas encore être l’heure, trop tôt, elle se sentait replonger dans son sommeil. Elle se raccrocha aux dernières miettes de son rêve, celles qui s’effondraient à peine les yeux ouverts. Elle ne se souvenait jamais de ses rêves. Dommage.

“- Léa Fontaine. Réveillez-vous. Maintenant.”

Non, définitivement, ce n’était pas une erreur. Elle ouvrit les yeux, le regard encore voilé par cette nuit agitée, et se gratta la tête pour le regretter. Trop de temps passé devant l’écran, trop de neurones brûlés, la migraine l’attrapa à l’arrière du crâne pour s’installer solidement. Et avec elle la colère. Les murs semblaient se refermer sur elle, renforçant son besoin de sortir de là. Elle jeta son mépris vers la caméra et se leva. Elle enfila sa tenue, blanche écrue, au couleur des parois, tellement passe-partout que ça lui donnait envie de la déchirer. Elle bloqua, respira, souffla. Se calmer, contrôler. Maîtriser. Elle devait tenir le coup, ne pas se laisser bouffer par cet endroit.

“- Votre taux d’adrénaline est trop élevé. Restez calme, nous allons vous administrer un tranquillisant.

– C’est pas la peine.

– Vous avez besoin d’un tranquillisant.

– Non, c’est bon. Pas besoin.”

Elle s’efforça d’assurer les inflexions dans sa voix pour neutraliser le logiciel. Elle avait remarqué que le système de contrôle avait tendance à rabâcher, à amener lentement sa décision, plutôt qu’à l’imposer aux résidents. En enfermant ses émotions derrière une barrière dense de maîtrise de soi, elle pouvait garder la contrainte chimique à distance. Pour le moment. Le système ne faiblissait pas, il retenterait chaque jour, jusqu’à ce qu’elle cède. Machine rampante, qui n’oubliait jamais. Elle devait se méfier, ne pas se laisser aller à la facilité. Ce serait trop aisé de plonger dans un brouillard d’antidépresseurs pour ne jamais en sortir.

“- Votre coeur ainsi que vos muscles antérieurs montrent des signes de dégradation. Une séance d’exercice vient de vous être programmée.

– Ouais. Merci maman.”

On ne pouvait pas gagner à tous les coups, se dit-elle.

C’était comme ça en permanence. La cellule était munie de capteurs biométriques, qui enregistraient ses constantes vitales en direct, puis ajustait son programme de la journée. Un petit déjeuner personnalisé devait l’attendre dans le réfectoire. On allait encore lui interdire la caféine, elle allait passer une sale journée, ce qui la mettait encore plus en rogne. Et alertait donc d’autant plus le système. Labyrinthe et rats de laboratoire, jouets de la machine. Elle commençait à comprendre le but de cet endroit : supprimer toute envie personnelle pour les remplacer par une obéissance larvée aux injonctions d’un serveur informatique. Le citoyen modèle en version connectée.

Elle s’y attendait avant même d’arriver ici. Monaco. Sans le savoir, elle avait déjà croisé la route de la machine, alors que celle-ci n’en était qu’au stade de la théorie. Elle jeta un oeil vers le livre qu’elle lisait, Pour une nouvelle approche de la rétention pénale, par Éric Watermann. Les pièces s’assemblaient. Restait maintenant à savoir comment sortir de là, après huit mois, elle savait qu’elle ne pourrait pas s’adapter. Mais ça n’allait pas être facile, la sécurité était largement automatisée, et impitoyable. Il fallait trouver un passage, mais comment ? Dans l’intervalle, rester discrète, ne faire naître aucun soupçon.

La serrure magnétique se débloqua dans un craquement distinct, elle fit glisser la porte sur son rail et sortit de la cellule. La lumière l’éblouit comme chaque matin, elle dut attendre une minute pour commencer à voir l’enceinte gigantesque autour d’elle. Deux demi-cercles de béton blanc pâle, sur quatre étages, surmonté d’une vitre de plexiglas. Au centre, un pilier d’un bon mètre de diamètre soutenant une cloche opaque, refermée sur l’architecture délicate d’un système de sécurité high-tech. Les galeries et les escaliers étaient encombrés par les prisonniers qui descendaient vers le réfectoire, fines silhouettes dont les tenues se confondaient avec la teinte des murs. Les gardes patrouillaient parmi eux, sous leurs uniformes de kevlar renforcés noirs, la tête surmontée de casques auxquels se greffaient les yeux bulbeux des amplificateurs de vision. Ils pointaient partout la bouche de leurs pistolets-mitrailleurs, garnis de balles en plastique. Non-létales, en théorie, mais Léa avait déjà vu des yeux crevés et des crânes défoncés. Ils n’avaient rien d’humain, rien d’accessible, leurs mouvements brusques et encombrés semblaient dictés par la machine. Le flux des prisonniers s’écartait autour d’eux, leur donnant une aura de menace diffuse, à peine contenue. Deux par deux, marchant lentement.

Du bruit sur sa droite, elle tourna la tête pour voir d’où cela pouvait venir. Le flux montrait des remous de l’autre côté de la galerie. Une bagarre. Un mec et une fille se mettaient sévèrement sur la gueule, en poussant des cris de rage qui ricochaient sur le plexiglas. L’éclat des lunettes amplificatrices qui se tournaient vers la cohue, sans bouger d’un pouce. La femme tentait d’arracher l’oeil du type, qui la bourrait de coups de retour. Ils tombèrent sur le sol, les autres s’écartèrent, sachant très bien ce qui allait arriver. Le mec commença à déchirer les fringues de son opposante pour atteindre les chairs, faire un maximum de dégâts.

“Bande d’idiots ! Ils sont malades de faire ça ici.” pensa Léa.

Un bourdonnement satura l’air, et la tourelle centrale s’ouvrit comme une fleur. Les panneaux basculèrent sur eux-mêmes pour révéler un gros générateur, prolongé d’un tube noir, qui bascula vers l’épicentre du conflit. Un craquement, une odeur d’air sec qui s’enflamme, le rayon frappa le mec et la fille de plein fouet. Léa les vit se faire projeter au sol, avant de les entendre hurler. Elle était à plusieurs dizaines de mètres d’eux, mais les cris lui vrillèrent les tympans. Bestiaux, primaires, des décharges de pure douleur, comme des porcs qu’on égorge. Deux secondes de rayonnement, deux secondes de folie projetée à la vitesse de la lumière, puis ce fut tout. Le bourdonnement du générateur se calma et le silence qui s’en suivit fut assourdissant. Les prisonniers restaient interdits, dressés et immobiles tels des statues contemplant le désastre. Quelques sanglots troublèrent la pesanteur de l’air. Le mec, apparemment. Il restait prostré et tremblant. La fille ne bougeait plus. Sans doute inconsciente, le système nerveux surchargé par la douleur avait lâché prise. Les gardes noirs fendirent la foule en bousculant de leurs matraques électriques ceux qui ne s’écartaient pas assez vite.

En regardant passer les deux victimes portées par les gardiens, Léa aperçut les striures et les marques de brûlure sur la peau. Des déchirures écarlates suivant le chemin des nerfs, localisées, précises. Les défenses automatisées de la prison ne pardonnaient rien. Elles n’avaient pas d’angles morts. Elles frappaient sans prévenir, à la moindre dispute. Léa dévisagea la fille évanouie, traînée devant elle, et fut prise de pitié en se souvenant qu’elle avait aussi subi ce traitement, une semaine après son arrivée. Ce canon était conçu pour appliquer la plus forte douleur possible, sans dommages permanents. C’est ce que disait le manuel. Ça lui avait pris un mois pour s’en remettre. Certains n’y parvenaient jamais.

Elle secoua la tête pour reprendre ses esprits, ce genre de spectacle la dégoûtait, lui donnait encore plus l’impression d’être un sujet de test. Autant en profiter, personne dans le réfectoire, elle pourrait taper dans la cafetière sans se faire repérer. Elle dévala les escaliers et s’engouffra dans le couloir, jetant un regard noir à chaque caméra sur son chemin. Pas moyen d’être tranquille une seconde, l’oeil de la machine y veillait. La porte devant la cafetière se referma automatiquement devant elle, elle jura et se retint de coller une droite dans la vitre. Pas la peine, ça ne ferait qu’augmenter le niveau d’alerte. Elle se contenta d’un bol d’une bouillie protéinée informe, s’installa à une table dans un coin, et ferma les yeux en grognant. Journée de merde, une de plus.

“- Je peux m’asseoir ?”

Constance, le visage tout blanc, l’air nerveux. Elle n’avait pas apprécié ce spectacle, manifestement. Ses mains tremblaient, choc nerveux combiné à la dose massive de sédatifs qu’on lui administrait chaque jour, pour tenir ses pulsions en laisse. Ses yeux allaient de manière erratique, sans parvenir à faire la mise au point.

“- Ouais, si tu veux.”

C’était pas le moment de se la jouer misanthrope, elle avait vraiment l’air secouée par ce qui s’était passé.

“- Tu as vu ce qui s’est passé ? Angéla et le nouveau de la 237 ?

– Tout le monde l’a vu.”

Ce n’était pas la première fois qu’Angéla se faisait prendre dans le champs, se dit-elle. On aurait pu croire que ça lui servirait de leçon, mais elle s’accrochait avec tout le monde. À croire qu’elle préférait rester sanglée au fond de l’infirmerie, la tête farcie de médicaments, plutôt que dans sa cellule. Pour certains, le brouillard était préférable, voire souhaité. Léa se demandait si ça pouvait valoir le coup.

“- C’est douloureux ?

– Quoi ?

– La tourelle. Quand elle te tire dessus. Ça fait mal ?”

Léa soupira et détourna le regard vers la foule qui remplissait peu à peu la cafétéria. Oui, douloureux, c’était le mot. L’impression que ta peau brûlait, que chacun de tes nerfs hurlaient, et l’envie de mourir ici et maintenant, pour que ça s’arrête. C’était le but, la tourelle contenait un lanceur de projectiles à énergie pulsée. Un laser qui provoquait une décharge de plasma à la surface de la cible, pour saturer le système nerveux. Mais comment expliquer cette sensation insupportable à une Constance camée jusqu’à la gorge ?

“- C’est pas agréable.”

Elle hocha la tête sans en demander plus. La salle bruissait des discussions, de l’anxiété dans les voix. Comme toujours, lorsque la coupole s’ouvrait. Un tir suffisait pour juguler tout le monde pendant des semaines, jusqu’à ce qu’un nouvel arrivant tente encore d’imposer sa loi. Un peu d’animation pour se faire peur, dans la cage aux murs blancs.

“- Enfin, ça ne peut pas être pire qu’ailleurs. J’ai bien fait de demander à venir ici. Personne ne me fait du mal, personne n’essaie de rentrer dans ma cellule la nuit, les gardiens me laissent en paix. Je suis contente d’avoir pu voter pour Nation Française. Ils ont vraiment fait ce qu’il fallait pour la sécurité, les immigrés, l’Europe.”

Si Constance continuait à raconter des discours électoraux, Léa se disait qu’elle pourrait remettre la question de la violence au programme. Elle avait seulement envie de lui éclater la tête contre la table pour qu’elle se taise. Elle posa sa main devant elle, mais la vision de l’objectif noir de la caméra au-dessus d’elles l’en dissuada. La machine veillait. Il fallait tenter une autre approche.

“- C’est sûr. La fédéralisation, c’était génial. Bravo Marianne.

– Ce n’était pas sa faute !

– C’est son nom sur le traité.

– Elle n’y est pour rien ! Google a forcé la fédéralisation, c’est la faute de ces salopards de yankees ! Qu’est-ce qu’elle pouvait faire d’autre ? Laisser Internet disparaître après l’infocrash ? De toute façon, elle reviendra dessus très vite, elle l’a dit.

– Ouais, comme Maastricht et Shengen…”

Constance avait la colère qui lui montait au visage, elle paraissait encore plus énervée qu’auparavant. Léa se marrait, intérieurement, sous la chape de fatigue et de dédain qu’elle arborait. Elle aurait pu mentionner le taux d’expulsions qui avait chuté de moitié par rapport à la présidence PS. Au nombre d’atteintes aux biens, qui lui avait décollé. Elle aurait pu pointer l’incapacité totale de réformer de la part de Nation Française, un parti qui avait su récupérer l’Élysée, mais avait laissé Matignon aux libéraux. Qui avait échangé la reconstruction de toute l’infrastructure réseau du pays contre l’abandon de la souveraineté. Mais quel intérêt, sinon une brève satisfaction mesquine ? Au royaume des aveugles, les innocents étaient les rois. Et le borgne hurlait dans le désert, sans qu’on ne l’écoute.

“- Tu as raison. Je suis sûrement trop exigeante avec cette pauvre Marianne.”

Léa savoura son ironie un instant, avant de se rendre compte que la pauvre n’y entravait que dalle. Elle soutiendrait son petit clan nationaliste malgré les contradictions évidentes. Il n’y avait rien à tirer des militants de base, quel que soit leur cause d’ailleurs, elle le savait. Elle baissa le regard sur sa bouillie protéinée, leva la cuillère et la laissa lentement glisser dans le bol. Avec du sucre, ça aurait presque pu avoir un goût potable.

“- J’y vais. À plus.

– Repense à ce que je t’ai dit, tu verras, j’ai raison.”

Quelle connerie. Elle se détourna, son plateau en plastique en main, vers l’unité de recyclage souillée par les déchets de nourriture. La salle avait atteint son point critique, les discussions assourdissaient Léa, qui sentait sa migraine revenir. Fuir, vite, avant que son mépris latent ne la reprenne pour de bon. Les gardes régulaient le flux à l’entrée, et s’étaient postés aux coins, les mains posés sur leurs automatiques. Leurs optiques leurs donnaient l’air de gros insectes bardés de chitine.

“- Hey.”

Elle se retourna vers Constance, qui lui souriait avec l’éclat de la drogue au fond des rétines.

“- Tu passes me voir dans ma cellule ce soir, d’accord ?

– Oublie ça, t’as pas les reins assez solides.”

Elle jeta le plateau, fracas lointain au fond d’une gaine en métal, sous la surface. La dernière personne avec qui Léa s’était liée avait terminée au fond d’un fleuve, avec deux balles dans le ventre. Depuis, elle se contentait de relations d’un soir, elle prenait l’initiative et disparaissait au bon moment. Pas question d’en faire de même dans cette boîte en béton. Et surtout pas avec une récidiviste condamnée pour viols et chargée de calmants.

Elle remonta les escaliers, traversa la galerie et claqua elle-même la porte magnétique de sa cellule. Un coup de coude dans le gros bouton rouge pour allumer l’écran, que même le pire des drogués pouvait activer sans effort. En attendant le chargement, elle espérait que François serait en ligne pour la sortir de cette boîte dans laquelle elle étouffait. Discuter avec un véritable être vivant, même si ce n’était qu’un opportuniste la suivant de loin depuis cinq ans, plutôt qu’avec une bande de zombis et de monstres. Les articles avançaient, le premier avait fait du clic, ce qui avait fait monter la cote de François auprès de ses clients. Le livre s’écrivait à son rythme. Léa ne savait pas quoi penser du journaliste. Elle pensait qu’il la considérait comme un bout de viande, une source d’information à piller, malgré ses grands discours. Il était trop élogieux pour être honnête. Mais il lui apportait un point de vue externe, une bouffée d’air dans la puanteur aseptisée de son quotidien. Malgré ses défauts, il lui apportait beaucoup, de quoi rester saine d’esprit. Il n’était pas trop idiot. Ça devrait faire l’affaire pour le moment.

À défaut d’échapper à la perpétuité dans le labyrinthe du savant fou.

“- Léa Fontaine. Votre niveau de stress est trop élevé.”

Si elle arrivait à s’enfuir un jour, Léa se promis de faire sauter le serveur central de la prison, et regarder les racks éventrés par les balles explosives. Avant de foutre le feu à la salle entière pour être certaine de ne plus jamais entendre cette voix.

“- Je suis calme. Il y a eu une bagarre, ça m’a rendu nerveuse.”

Pourquoi perdre son temps à se justifier à un programme informatique ? Heureusement, François était là, à l’écran. Elle tapa avec impatience, pour faire sonner jusqu’au fond de son lit.

“- Léa. Bonsoir, comment ça va ?

– Bonjour François. Il est huit heures du matin ici.

– J’allais partir en soirée, c’est la nuit de mon côté. Alors, quoi de neuf ?”

Elle ne pouvait pas lui raconter ce qui venait de se passer, sinon le programme les aurait bloqués tous les deux. La main de la machine empoignait chacune de leurs discussions, les tordait et les contrefaisait. Difficile de rester naturel dans ces conditions.

“- La routine. Je vais aller bosser. Tu n’as besoin de rien ? Les articles marchent bien ?

– Ça se partage, ouais. Le dernier a bien tourné pendant trois jours, ça a fait du bruit. Mais faut continuer à faire monter la sauce, sinon les gens vont se lasser.”

Il avait l’air enjoué, souriant, détendu à la caméra, à mille lieux de ses problèmes ici. Elle se sentit encore plus froide et seule en comparaison. Elle remarqua les petites rides de rire au coin de ses lèvres, il s’était fait blanchir les dents depuis la dernière fois. Les affaires devaient bien tourner de son côté du monde.

“- Qu’est-ce que tu as besoin ?

– De l’inédit. Du surprenant. Des infos fraîches, qui font peur. Des trucs qui font parler.”

Évidemment, il remettait ça. Il n’avait pas pu tenir trois semaines sans reposer la question sur la table, comme si c’était la seule chose qui importait à ses yeux.

“- François, je ne peux pas t’en parler, tu le sais très bien.

– Il doit bien y avoir un moyen.

– Non. Je ne peux matériellement pas te parler de Monaco. N’insiste pas, on serait coupés direct.”

Il soupira en face d’elle, et un instant elle eut peur qu’il la plante sur le champs, la laisse toute seule à son écran et à sa déprime. Mais il se redressa, sourit de plus belle, hocha la tête en s’allumant une cigarette. Elle sentit gratter dans son ventre le fantôme d’un lointain manque.

“- Passons. J’ai quelque chose qui va te plaire, je pense. Tu vas pouvoir un peu changer d’air, en quelque sorte.

– Comment ça ?”

Il leva la main pour la faire patienter, fouilla derrière lui. Il posa sur le bureau, devant la caméra, un masque en plastique blanc et ses lunettes à réalité augmentée.

“- Je ne peux pas te faire sortir de là, on s’en doute. Mais je peux te montrer autre chose. J’ai eu l’autorisation de te faire visiter une soirée de jeu de rôle grandeur nature, avec mes lunettes. L’administration a grogné, mais j’ai poussé pendant deux mois pour les convaincre.

– T’es sérieux ? Tu te moques de moi là ?”

Il avait l’air fier comme un magicien sortant un bouquet de sa poche. Pour sa part, Léa ne croyait pas ce qu’elle venait d’entendre. Comment avait-il fait ? Ce genre de sortie contrevenait à toutes les règles de la prison. Et surtout, si c’était vrai, qu’est-ce qu’il attendait ?

“- Sérieux, tu verras, tu vas bien t’amuser. Je te laisse, je dois sortir. On se reparle tout à l’heure ?

– Ouais. D’accord. Merci. Passe une bonne soirée.”

Il disparu à l’écran, et elle eu l’impression de se réveiller d’une micro-sieste d’un autre monde. Troublant. Ces discussions agissaient comme une addiction, une dépendance à la vie de l’extérieur. Elle se décida à écarter l’idée de la soirée pour l’instant, rester concentrée sur son travail de la journée. Il ne fallait pas que la machine l’interpelle à nouveau.

Elle ouvrit le logiciel. Une journée de plus au paradis.

Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6

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