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L’œil : Chapitre 2

L’œil : Chapitre 2

28 avril 2014 12 h 59 min0 comments

Chapitre 1

Des secrets. J’aime bien les secrets. J’aime jouer avec, les manipuler, c’est mon travail. Les chercher, les entretenir, puis les révéler au grand jour. Comme un horticulteur. Je plante une graine qui pousse chez l’un ou l’autre, qui un jour me rendra une fleur. De cette fleur, je tire des graines que je replante. C’est ce que je fais, mon boulot. En tous cas c’est la partie que je préfère.

Faire le tour de la fête du boudin à Saint-Julien-Des-Bois en est une autre dont je préférerais me passer, mais tout le monde doit manger.

Je n’avais qu’une envie, retourner chez moi, et me connecter. À cette heure-ci, en tenant compte du décalage horaire, elle devait déjà avoir reçu ma lettre. Elle se connecterait dans sa matinée. J’étais coincé à écouter les fariboles pré-électorales d’un parachuté parisien aux municipales. Ce con avait du boudin noir plein la bouche et souriait de ses dents grasses, en me racontant son attachement à ce pays et sa fierté des coutumes locales. Il n’était là que depuis deux mois. Et tout le monde le savait. La farce ne faisait rire personne. Je voulais rentrer, me poser sur mon PC et attendre, savoir si elle allait venir.

Trois mois de tractations avec le ministère de la justice, et celui de la défense, même si je ne voyais pas très bien ce que la Porte-de-Sèvres venait faire là-dedans. Législation antiterrorisme et secret défense. Marianne me collait ses pistards aux fesses, pour s’assurer que je n’allais pas raconter de choses qui fâchent. Je devais jouer fin. Ce projet, l’Organisme d’Education aux Injonctions Légales, c’était son étendard. Sa réponse à la douloureuse question de la récidive chez les criminels violents, sa solution, enfin, c’était ses éléments de langage. Dans l’état où se trouvaient ses sondages, après la tannée que Neogenesis lui avait mis deux ans avant, après que Sergueï Brin se soit foutu de sa gueule en la regardant dans les yeux, c’est tout ce qu’elle avait pour rassembler les troupes. Je n’allais pas pouvoir écrire mes articles comme je le voulais. Ça me faisait chier, l’armée me faisait chier, il ne manquait qu’un duo de Men In Black pour me croire dans un nanar d’espionnage. Ou un thriller politique français.

J’ai interrompu l’autre idiot en costume, hoché la tête, me suis tiré en lui promettant d’envoyer ça dès demain. Ça n’allait même pas me rapporter trente petits euros. Mais si j’arrivais à tirer les vers du nez à Léa Fontaine, ce serait différent. J’aurais une bombe à balancer en plein milieu de Paris. Un truc qui allait faire du bruit. Peut-être un remaniement. Ou mieux, une destitution. Je ferais monter les enchères quelques jours, rien à foutre du Monde. Ils n’avaient même pas voulu me filer un bureau à temps plein, restriction budgétaire, qu’ils disaient. J’avais couvert l’affaire Léa Fontaine depuis le début, j’étais l’expert, j’étais même le seul à avoir interrogé ses parents. Et ils m’avaient jeté comme un stagiaire. Alors merde. J’allais pêcher l’information et partir avec ma prise. Qu’ils se débrouillent sans moi.

J’ai enlevé mes Solar et vérifié sur l’écran de mon smartphone que la vidéo tenait la route, puis je l’ai envoyé sur le serveur du journal. La sécurité était pathétique, mais de toute manière, ce n’était pas les conneries de Costard qui allaient attirer l’attention. J’ai rangé les lunettes dans leur étuis, après avoir pris soin d’entourer le capuchon de tissu autour de l’écran. J’avais plus d’un mois de piges dans la main. Fallait pas les faire tomber. La route était boueuse et monotone, j’ai compté les camions. Onze. BFM faisait tourner les infos du soir. Rétablissement du réseau de communication dans le Sud de l’Europe, après l’infocrash de 2018. Paix précaire en Syrie, un accrochage, un mort d’un côté, deux de l’autre. Encore un sommet à Genève. Chaleur exceptionnelle sur la Côte d’Azur, avec en prime les foutus commentaires des baigneurs de janvier. Rien de nouveau sous le soleil de ce début d’année, si ce n’était qu’il faisait chaque jour de plus en plus chaud. On annonçait des alertes anti-UV pour l’été, si ça se confirmait.  La comète Kleiss-Sedan allait bien percuter la Terre si on ne faisait rien, mais personne ne savait quoi faire. L’humanité se débattait en s’accusant mutuellement, ridicule. Dans le doute, la NASA bricolait de quoi faire exploser le caillou en orbite, en attendant l’autorisation de l’ONU. La Russie gueulait dans le vent, et montait son projet en parallèle pour résoudre le problème. J’ai tracé le long de la nationale jusqu’à mon appart. La boîte de nuit en face débordait, pas une place pour se garer, j’ai tourné une demi-heure en serrant les dents. Je tremblais en ouvrant la porte, ridicule. Il a fallu mille ans pour que ma bécane démarre. Et elle n’était pas en ligne quand je me suis connecté.

J’ai attendu. À vrai dire, cette idée n’avait pas beaucoup de chances de fonctionner. Elle pouvait très bien ne jamais me contacter, comme les dix dernières fois. Mais ce coup ci était différent. Si j’en croyais mes sources, elle n’avait plus de contacts avec le monde réel depuis quatre mois, elle serait assoiffée, elle aurait besoin de parler avec une personne de l’extérieur. Je ne pouvais pas lui dire où elle était, bon. Mais je pouvais être une présence. Elle allait me voir comme l’unique passerelle vers un monde normal. Je la tiendrai dans le creux de ma main et lui ferai dire tout ce qu’elle savait. C’était facile. Oui, elle allait répondre à ma lettre. J’en étais sûr. Après, j’avais juste à la faire parler. Puis… À moi le nom et l’argent.

En attendant, j’ai relu mes fiches, pour patienter, pour me tenir prêt. Léa Fontaine, née à Saint-Étienne le 11 janvier 1990 – aujourd’hui elle avait trente ans, je m’étais dit que l’impact serait plus efficace. Formation en sciences humaines, une licence de sociologie. En 2013, elle braque un bureau de change dans le quartier de Confluence à Lyon. Trois morts, dont deux flics et son mec. À partir de là, je relis mes propres articles et mes notes d’enquête. Elle change d’identité, disparaît, j’ai pu la traquer jusqu’à Toulouse pour finir contre un mur. J’ai des contacts à Marseille, à Paris, à Lille et à Grenoble. Des fantômes sur la mémoire d’une caméra de vidéosurveillance. Des voix dans le fond d’une conversation téléphonique. Elle se cache et se méfie, ne recontacte jamais sa famille ou ses anciens amis. Prudente, la petite, mais pas assez. Elle réapparaît quatre ans et demi plus tard à Montpellier, lorsqu’elle se fait serrer en compagnie d’une bande de dealers, dans un assaut sanglant d’une maison de banlieue. Je relis mes comptes-rendus d’audiences, je les ai toutes faites. Les tickets de caisse des hôtels automatiques de la côte s’effritent entre mes doigts, papier biodégradable. Trente ans, fermes, en plus des deux ans qu’elle a déjà effectué, selon les nouvelles lois sur le banditisme organisé. Cette fille avait dansé des deux côtés de la barrière pendant des années, sympa pour une petite bourgeoise. Je l’avais décrite comme une bête sauvage, une prédatrice, mais c’était des images. Des objets qui n’existaient que sur le Réseau. Des représentations. Des simulacres. Elle était bien plus développée que ça, plus intelligente. Elle savait s’adapter aux circonstances. J’étais impatient de lui parler. Je voulais savoir si mes suppositions étaient justes, après cinq ans écrire sur elle.

Toujours rien, je me suis servis une bière. J’avais assez de caféine dans le sang pour démarrer une voiture. Je ne me souvenais pas avoir dormis la nuit précédente. J’étais brûlant et j’avais faim. Je me suis fait un sandwich.

J’ai entendu le cliquètement de la connexion depuis la cuisine et renversé un meuble, en cassant un vase qui traînait depuis deux ans. Elle était là. Un simple nom et une icône à l’écran, mais c’était le premier contact que j’établissais. Je n’allais pas l’appeler immédiatement, après autant de temps à l’isolement, elle serait plus réticente en vocal. J’ai attendu deux minutes qu’elle s’habitue à l’interface, éviter de foirer le premier contact. Mais il n’y avait pas trente-six manières d’aborder la question.

*- Bonsoir.*

J’ai attendu dix minutes. Pas un signe même qu’elle ai lu le message. Je trépignais sur mon siège en cuir, j’étais nerveux. J’ai allumé une cigarette de plus pour cacher l’écran derrière la fumée, comme si ça pouvait ralentir le temps, bordel. Je me sentais idiot.

*- Vous êtes François Marsan ?

– C’est bien moi, oui. Puis-je vous parler ?

– Vous avez dit que vous aviez écrit sur moi.

– Oui, c’est vrai. Vous voulez voir ?

– Oui.

– http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/06/07/aucune-piste-dans-l-affaire-du-braquage-de-confluence_3490135_3224.html
http://www.lemonde.fr/presidentielles/article/2017/05/15/dans-son-discours-d-investiture-marianne-le-guen-met-laccent-sur-la-securite_4191244_4824.html
http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/11/16/fusillade-sanglante-dans-une-maison-proche-de-montpellier_4201137_5016.html *

Une demi-heure. Comme premier contact, ça aurait pu être pire. J’ai torché mon sandwich avec une autre bière. Qu’est-ce qu’elle foutait ? Il ne fallait pas si longtemps pour lire trois articles. Et si elle avait décidé de se rétracter, finalement ? Je faisais tourner les questions dans la bière qui montait, j’étais frustré, et anxieux.

*- Je ne peux pas lire le dernier.

– Il est en accès libre.

– Le serveur. Je n’ai pas accès à tous les articles.

– Je peux vous le copier.

– Laissez tomber. Qu’est-ce que vous voulez ?

– Comme je vous l’ai dit dans ma lettre, écrire un article sur vous. J’aimerais apporter un nouveau regard sur votre personne. Je pense que vous avez été utilisée à des fins politiques, ce qui a nuit à votre procès.

– Pourquoi faire ? J’en ai pris pour perpète.

– Ce que l’opinion publique fait, elle peut le défaire. Il suffit que vous soyez attirante. Que l’histoire plaise.*

À nouveau un silence d’une bonne dizaine de minutes, et je regardais le compteur de sa connexion qui filait, de son côté. Je ne pensais pas que l’administration allait me retirer mon accréditation pour ce genre de discours. Les règles étaient plutôt simples. Tant que je n’allais pas lui dire où elle était, ce qui se passait dans le monde réel, on me foutait la paix.

Si je pouvais en faire le parfait exemple de réinsertion, j’aurai le gouvernement dans une main, et tous les rédac’ chefs de Paris dans l’autre. Une carrière tranquille. Mais ça, c’était une blague. Léa Fontaine… Elle savait d’autres choses. C’est pour ça qu’on l’avait enfermée, parce qu’elle refusait de parler. Il suffisait que je l’ouvre, comme une huître. On ne pourrait pas m’en empêcher, même avec le programme qui nous espionnait.

Je l’ai vu à nouveau écrire en torchant mon fond de bière tiède. L’instant de vérité.

*- D’accord. Allons-y. Que voulez-vous savoir ?*

C’est là que ça devint amusant. Je ne sais plus trop ce que je lui ai demandé, sans doute quelque chose que je savais déjà, une banalité pour la mettre en confiance. Si, je sais, je lui ai demandé un récit circonstancié de son premier braquage, celui qui avait tout déclenché. Même si j’en connaissais la moindre seconde par coeur. Je devais assurer la difficile position de l’allié et de l’élève qui interroge celle qui sait. Sans perdre de vue mon objectif, elle n’était qu’une source d’information à utiliser. Un pion sur l’échiquier, mais précieux. Si je réussissais à toucher son orgueil, à tirer sur la corde de sa fierté, elle me donnerait ce que je voudrai.

Tout cela n’était finalement qu’une affaire de manipulation cachée sous des compliments bien distillés.

Je me suis réveillé en cours de discussion, entre deux questions banales, juste assez tôt pour apercevoir la fin du sujet, paraître concerné.

*- Mais pourquoi attaquer une agence de change ? Vous n’aviez pas de problème d’argent, et ça a dû vous coûter plus cher que ce que ça vous a rapporté.

– Pas si cher, non. Et vous le savez.*

Maligne, la petite. Je la considérais à peine comme une gamine orgueilleuse, mais oublier qu’elle avait été capable de disparaître des radars pendant près de cinq ans aurait été une erreur. Je me sentais comme Kevin Spacey dans cette vieille série politique, à placer mes cartes sur la table pour toucher au but.

*- C’est vrai. Mais tout de même, ça ne représente pas tant que ça. Pas assez pour tirer sur des gens quand vous n’aviez jamais utilisé d’arme. Alors pourquoi ?

– Parce que je pouvais le faire. Parce qu’on voulait m’en empêcher, alors j’ai pris le droit. Question de pouvoir.

– Seulement ça ?

– Vous ne trouvez pas ça suffisant ?

– Disproportionné.

– Il va falloir que compreniez un peu mieux les choses pour écrire votre bouquin…*

L’air de rien, je la tenais, parce qu’elle avait l’impression d’avoir l’ascendant sur moi. J’allais flatter son égo et son sentiment de supériorité pour lui extorquer ce dont j’avais besoin.

*- Je vais essayer, d’accord.

– Vous allez faire plus qu’essayer, j’espère. Mais vous avez l’air capable. Je marche, vous pourrez écrire votre livre.*

Droit au but. Maintenant que j’avais placé mes pièces sur l’échiquier, il fallait passer au niveau supérieur. Entamer la bonne pièce de viande.

*- Je vais devoir m’en aller. Ils vont couper la connexion.

– Une dernière chose.

– Oui ?

– Monaco.*

Une fois la bombe larguée, je n’avais aucune idée d’où elle allait atterrir. J’étais doué pour gagner la confiance des gens, après tout c’était mon boulot. Mais celle-là, c’était le brouillard. J’aurais pu attendre de tisser un lien plus fort, mais j’en avais plein le cul de balancer des flèches dans tous les sens jusqu’à toucher quelque chose. J’avais besoin d’abattre mon jeu.

*- Monaco est hors-sujet.

– Ça serait bon pour votre image.

– Nous ne parlerons pas de Monaco. Ce n’est pas négociable.

– Les avantages pour la promotion seraient énormes.

– Il n’en est pas question. Bonne soirée.*

Et merde. Un coup dans l’eau.

J’ai sorti la bouteille de J&B du dernier tiroir de mon bureau et je l’ai ouvert. Je me suis servis un grand verre trouble dont j’ai direct torché la moitié. Ce n’était pas sérieux de me charger la tête à ce point alors que je n’avais pas dormi depuis deux jours mais merde, elle venait de me claquer la porte au nez et je ne savais même pas si j’allais pouvoir lui reparler. Je m’étais planté, trop pressé, impatient, et j’avais éclaté la toile fragile greffée entre nous. Bordel.

Il me fallait une fille. N’importe laquelle, rien à foutre, un trou à remplir, qui poserait pas trop de questions. J’avais les nerfs, fallait que je les passe avec quelqu’un. Sur quelqu’un, en fait. Une petite fille de fac pleine d’illusions, de grands principes, à séduire avec trois citations de Marx et une d’un connard de post-situationniste. Ou une femme de mon âge à qui promettre les pires saloperies, et la sortir de sa vie chiante. Fallait en trouver une qui s’emmerdait suffisamment. C’était le bon plan, elles étaient prêtes à tout avaler contre un peu d’attention, y compris de façon littérale. J’avais de quoi les nourrir, aucun doute.

Je me suis regardé dans le miroir. Ouais, ok, fallait pas non plus viser de la gazelle de compétition. Le milieu du panier suffirait. Faut dire que j’avais exactement la gueule à laquelle je m’attendais, celle du type qui a oublié de dormir, en version longue. Avec mes dents cramés à la nicotine, mes yeux crevés et ma coiffure en vrac, j’avais pas vraiment la tête du type qui lève les minettes en boîte par packs de 24. Aucune importance, ça viendrait, d’une manière ou d’une autre. Je savais comment m’y prendre.

J’ai laissé le programme de diagnostic que j’avais acheté à un russe tourner, chercher les failles dans la barrière de l’administration qui entourait Léa Fontaine. Ou dans les algos de cryptages estampillés Neogenesis, tous conçus sur le même modèle. Trouver un biais par lequel on pourrait parler librement. Je suis allé prendre une douche. Cogiter sur Monaco, réfléchir, me procurer un levier pour la faire craquer.

Puis je suis parti en ville.

J’ai suivi les rues sinueuses en évitant les merdes de chien et les flaques laissées par les fêtards de début de soirée, à l’estomac fragile, jusqu’à me retrouver dans des quartiers plus agréables. Les lumières devenaient plus claires, les gens plus souriants, et marchaient moins droit. J’arrivais à sentir l’odeur des joies induites par l’alcool, le sexe forcé des dépressifs obsessionnels. Je ne pouvais pas les blâmer. J’étais là comme eux pour essayer de tromper ma frustration avec des relations physiques sans importance. Mais je me faisais moins d’illusions.

Monaco. L’histoire avait flotté entre les sources, trois occurrences au moins, toutes sans rapport entre elles. J’avais un bon de livraison d’une cargaison de processeurs et de condensateurs haute pression. Un rapport de police non indexé sur le cambriolage d’un entrepôt de stockage. Et un rapport d’étude de physique théorique du CEA, sur une expérience en Aquitaine, menée par le professeur Watermann. Le même Watermann qui avait piloté toute la plate-forme sécuritaire de la campagne de Marianne Le Guen. Et au milieu de tout ça, Léa Fontaine. Je savais qu’elle était sur place au moment critique, et surtout, je me souvenais de son premier passage à la télévision. L’unique, en fait, dont tous les fichiers avaient été interceptés avant même d’atteindre les postes de diffusion. Heureusement que j’étais sur place à l’époque. Elle promettait de faire tomber le gouvernement Koppel, et même la présidence. Et dès le lendemain, plus rien, elle s’était refermée dans sa coquille, n’avait plus jamais abordé le sujet. C’était chaud.

J’ai évité un fourgon de police passant en trombe, et ruinant mes pompes juste devant mes yeux. Des cris en sortaient, des poings qui frappaient aux fenêtres grillagées, qui griffaient les vitres. Quelqu’un avait gravé à la clé un crâne grimaçant, surmonté d’un haut de forme, sur la porte arrière. Quelle bande de connards. Depuis que Marianne avait été élue, les escadrons patrouillaient dans toutes les villes, faisaient appliquer d’une poigne d’acier la dernière réforme pénale. Les gens arrêtés en pleine rue, enfermés en garde à vue pendant trois jours minimum, les fournisseurs de bracelets électroniques tournaient à plein régime. Le crâne me dévisageait en riant sur la portière aux charnières pourries. Ces milices manquaient tellement de matériel qu’elles avaient dû réhabiliter des vieux fourgons de maçonnerie. Une mesure grotesque, inutile, de la poudre aux yeux.

J’ai donné un coup de pied en passant, comme si ça pouvait changer quelque chose. Puis je suis entré dans le premier bar. En chasse.

Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6

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