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La voie des fantômes – Chapitre 1

La voie des fantômes – Chapitre 1

22 août 2015 14 h 00 min0 comments

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D’abord, il y avait eu la voix. Ancienne et profonde, qui raclait rien qu’à l’entendre. C’était plus qu’une voix, c’était une perturbation. Un “élément perturbateur”, comme le voulait la formule. Et bien entendu, cette voix lui avait proposé un marché. Il avait réfléchi, quelques minutes, pas beaucoup plus. Il avait le choix entre accepter ou refuser, comme toujours. Mais personne ne raconte l’histoire de ceux qui refusent. Comme il n’était plus un enfant, il avait pris le temps de la réflexion, tout en sachant très bien au fond de lui qu’il irait à ce rendez-vous. Puis il avait acquiescé. La voix avait semblé satisfaite.

Après, il y avait eu ce bar qui s’appelait l’Ascalon. Stéphane Leroy, “Kestrel” pour la plupart des gens, fréquentait ce bar, qui lui laissait des sentiments mitigés. Un recoin qui se voulait un peu underground, dans une ancienne zone industrielle réhabilitée en bordure d’un projet de centre commercial abandonné. La musique était bonne, on lui faisait facilement crédit, et les piliers n’étaient pas plus méchants qu’ailleurs. Mais la décoration était d’un prétentieux accompli, et qui avait eu l’idée d’imposer une continuelle projection de porno 3D au fond de la salle ? Dans le registre de la subversion idiote, ça se posait là. Kestrel n’aimait pas le porno, ou disons plutôt que ça ne réveillait rien chez lui, mais il aimait la bière qu’on servait ici. Son contact avait sans doute choisi cet endroit pour le mettre en confiance.

Enfin, il y avait eu la fille. Très grande, des lunettes noires malgré l’obscurité, de longs cheveux blonds passés qui partaient dans une longue tresse dans son dos. Elle buvait un Monaco en lisant un livre papier, une antiquité neuve, à la couverture colorée. Le barman la pointa du doigt lorsqu’il entra, avec un sourire et son verre dans la main. La fille leva les yeux avant même qu’il ne se manifeste, et sourit à son tour. Tout le monde avait l’air calme, détendu. Désespérément apaisé.

Ce qui menait à la question que se posait Kestrel depuis des mois : si tout le monde était en paix, pourquoi dépenser des fortunes à analyser les communications de millions de personnes qui ne représentaient aucune menace ? Le gouvernement européen le payait pour ça, et plutôt bien même. Mais il ne pouvait pas se défaire du sentiment d’être un voyeur, un monstre reluquant le dessous des cartes. Ce boulot allait le rendre cinglé. Il était à la limite, ou peut-être trop loin.

« — Bonjour ! Kestrel, c’est bien ça ? Contente de vous rencontrer. »

De plus près, il pouvait l’examiner en détail. Elle avait le visage rond d’une arabe, mais la peau claire d’une nordique. Un oeil attentif comme le sien aurait vu qu’elle cataloguait chaque personne qui entrait ou sortait du bar. Elle n’utilisait qu’une main pour tenir son livre et boire, en alternant, l’autre restait posée sur la table, à proximité de ce que Kestrel pensait être une arme. Il y avait quelque chose dans son maintien et ses gestes qui rappelait les personnes améliorées, par des accélérateurs de réflexes ou d’autres implants, mais elle n’avait pas cette raideur caractéristique de ceux qui utilisent des boosters. C’était une joueuse, une méchante, le genre à n’aimer ni les flics ni une quelconque forme d’autorité. Il se demanda pourquoi cette fille prenait le risque de lui adresser la parole.

« — Je m’attendais à quelqu’un d’autre.

— Elle n’a pas pu venir. Elle te passe le bonjour et te transmet ses amitiés. Entrer en Europe devient de plus en plus difficile pour les gens comme nous, grâce à tes collègues. Elle a voulu que je vienne seule. »

Il lâcha la bandoulière de son sac et le posa sur la table, mais sans s’asseoir. Il y avait un truc chez cette fille. Une tension. Le sourire était trop large. Pupilles dilatées, droguées ? Il n’allait pas prendre le risque de perdre toute sa vie – une vie de merde, mais tout de même – pour une petite camée bricolée que son contact avait recruté dans un bar du coin.

« — J’attendais quelqu’un d’autre.

— Elle m’a dit, ouais. Attendez… J’ai un truc pour vous. C’est… là, voilà je l’ai. »

Elle utilisait sa main droite pour fouiller dans sa poche de poitrine, avec difficulté. Mais elle parvint enfin à sortir une feuille pliée en quatre qu’elle lui tendit. Papier recyclé à dégradation rapide, fin comme une feuille à rouler.

Hey gamin. Tout est clean, mais active-toi. Et arrête de la reluquer comme ça, elle est pas à ton niveau. N.

Une seule personne l’appelait “gamin” alors qu’il venait de fêter ses 43 ans. Il leva les yeux sur le décolleté de la fille et admit que son contact avait raison, joli paysage. Cette pensée surgit, mais s’écrasa sous la masse des souvenirs de ses relations foireuses et décevantes, une tous les cinq ans à peine. Nan, c’était pas une bonne idée. Il se décida à poser son verre sur la table et à s’asseoir.

« — Alors, comment on fait ? »

La main gauche sortit de sous la table une enveloppe, et redescendit aussitôt.

« — Tu pars de Saint-Ex quand tu veux dans la semaine. Faudra juste nous prévenir avant, qu’on vienne te chercher en Lybie. Les billets sont à ton nom, tout est en règle. Prévois des vêtements d’été.

— La Lybie, c’est le bordel ces temps-ci.

— Ça fait cinquante ans que c’est le bordel en Lybie, faut t’y habituer. Et puis hey, c’est pas ce que tu voulais ? Bouger un peu, sortir de ta zone de confort ?

— Pour entrer dans une zone de guerre, super idée. »

Elle haussa les épaules, agacée. Elle s’en foutait, typiquement le genre sur qui tout glissait. D’ici quelques heures, elle aurait déjà tout oublié de cette conversation. Cette gamine était un animal adapté au milieu dans lequel elle évoluait, indolente, Kestrel la détestait déjà.

« — Si ça te plaît pas, on trouvera quelqu’un d’autre. Des analystes en rade, c’est pas ça qui manque. Les Renseignements en bouffent par palettes chaque année.

— Ok, ok, je marche. Et après ? T’es sûr de ce qu’on a ? Je veux dire, ce truc est vraiment conscient ? Intelligent ?

— Ça c’est à toi de nous le dire, chef. Parler à la machine et comprendre ce qu’elle raconte, c’est ton boulot.

— Je ne suis pas psychologue non plus.

— On te demande pas de parler à des gens. Enfin… Si, à Turkey. Parce qu’il aim22e bien parler. Ou elle aime bien parler. Ça dépend des jours. Faut suivre, l’écouter, Et à côté ya Shadow, mais lui il parle pas beaucoup. Et puis il a pas beaucoup d’expression non plus. Normal, avec toute cette ferraille. Mais sans ça il est cool, tu verras. Hey, juste, le mets pas sous la pluie. »

Ça avait l’air de la faire marrer.

« — Il doit pas beaucoup pleuvoir dans le Sahara.

— Nan mais laisse tomber, c’est une blague entre lui et moi.

— Super marrant.

— Bah dit donc, ils vont pas s’ennuyer avec toi, t’as l’air d’être un sacré plaisantin.

— Y paraît. »

Un flottement, le silence de l’ange qui passe. Puis elle s’ébroua et frappa de ses deux mains sur la table, faisant trembler les verres. Elle torcha le sien et le reposa avec un claquement de langue appréciateur. Bon, ok, c’était sans doute une petite merdeuse imbue d’elle-même, mais elle avait une bonne descente. Kestrel respectait ça, bien plus qu’il ne se respectait lui-même.

« — Allez j’y vais. Je dois déjà avoir tes collègues aux fesses. Je sais pas ce qu’ils ont, mais on dirait que ma jolie petite gueule les attire. Faut croire que je les rends nerveux.

— Nan t’inquiète, ils se font juste chier.

— Sérieux ?

— Sûr. Boulot de merde. »

Elle lui décocha un sourire à mi-chemin entre le carnassier et l’amusé, elle prenait ça comme une invite à les faire courir un peu. Il en entendrait parler. Elle le laissa là et disparu en lui laissant l’ardoise.

Ça pouvait être une expédition complètement débile à chasser du vent. Ou ça pourrait être marrant. En vérité, Kestrel s’en foutait. N’importe quel changement qui ferait bouger un peu son existence était bienvenu. Très simplement, il s’emmerdait. Il se demandait qui était ce type qui débarquait à 8h tous les matins au bureau, qui buvait un café instantané devant son écran. Qui courbait la tête avec une ébauche de sourire lorsqu’un manager de la moitié de son âge lui donnait des ordres. Il se demandait où était passé le gamin surdoué qui avait entubé la EagleEye sur Odyssée, qui s’était payé une unité de hackers chinois en une nuit et qui avait plombé la défense russe. Ce gamin devait être encore là, quelque part. Juste qu’on ne lui demandait plus rien. On l’avait parqué dans un open-space avec une augmentation de salaire, il avait acheté un appart et un chien, et s’était dit que c’était là qu’il devait aller.

Le reste n’était qu’une longue suite de projets avortés et de déceptions, d’années à se mentir à lui-même, puis à se détester lorsque le voile craquait. Puis il raccommodait et repartait pour un tour.

Pas dit que cette expédition serait différente. Pas possible de le savoir. Fallait tenter le coup et voir ce qui en sortirait.

Il aurait quand même besoin de faire garder le chien. Le border collie lui sauta dessus lorsqu’il ouvrit la porte de son appartement, surexcité. Il posa son sac, attrapa la laisse et ressortit direct. Dehors, une bruine froide imbibait les murs sales et étouffait les sons comme de la mousse antichoc.

Il regrettait la pluie, cinq jours plus tard, lorsqu’il se posa à Tripoli dans une chaleur sèche, qui lui raclait la gorge. Dans le hall du terminal, il ne s’attendait pas à un tel calme. Une bande de trois militaire déambulait près des entrées, l’air de s’emmerder. Ils portaient avec nonchalance de vieilles pétoires laissées par les américains la dernière fois qu’ils étaient passés. Dehors, on avait planté des arbres le long de la route, sous lesquels des familles venaient profiter de l’ombre aux heures les plus chaudes. On ne se sentait pas vraiment dans un pays en guerre. À peine quelques inscriptions laissées par les djihadistes sur les murs, de vieux impacts de balles. Difficile à croire qu’il se trouvait dans l’enfer décrit sur les réseaux. Sans doute que plus personne ne s’intéressait à l’aéroport, en fin de compte. Il suffisait d’arroser généreusement les belligérants pour avoir la paix.

Il loua un 4×4 électrique Tesla grâce à une carte que lui avait donné la fille et fila vers le Sud. Elle ne s’était pas foutu de sa gueule : l’ordinateur de bord était véloce et malin comme un chat. Il récupérait la position de chaque force en présence dans des bases de donnée en libre accès et traçait un itinéraire à l’écart. Sur la route, une bordée de capteurs pouvait repérer l’ennemi à un kilomètre. Kestrel vérifia l’horaire d’arrivée, puis se laissa porter par la machine. Il entra sa clé de décryptage dans l’ordinateur de bord et accéda à un dossier qu’on avait mis en ligne à son intention.

C’était réduit, des fantômes et des voix dans le noir. Une équipe d’exploration qui étudiait la ceinture d’astéroïde avait chopé des émissions bizarres sur une de leurs fréquences de secours. Mais il n’y avait rien là-haut, tout avait été détruit trente-neuf ans auparavant. Les types étaient redescendus en catastrophe en parlant d’aliens et de premier contact. Des conneries, mais ça marchait. C’était assez pour inquiéter du monde, et faire bander les chasseurs de complots, les mecs qui cherchaient des méchants. Mais rien à voir. Après il y avait des rapports bizarres de ceux qui avaient déplombé les datacenters crevés par l’infocrash de 2018. Une expédition au point Nemo pour aller voir de quoi il en retournait. Et puis tout le monde s’était désintéressé de ce truc étrange, comme s’il y avait de meilleurs moyens de gâcher de l’argent. La voix ne parlait plus à personne, faut croire qu’elle boudait. Jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à ce qu’une bande d’illuminés s’enfonce dans le désert pour débusquer l’inconnu.

Il y avait juste assez de mystères à éclaircir dans cette affaire pour convaincre Kestrel de démissionner. Non pas qu’il était très attaché à son boulot, il y pensait depuis quelques temps. Mais c’était difficile de lâcher vingt ans de sa vie sur un coup de tête. Fallait vraiment qu’il n’y croit plus. C’était ça le truc. L’utopie européenne était pourrie avant sa naissance, et ne s’était pas arrangée avec l’unification. Il en avait sa claque d’espionner des gens qui grognaient dans leur coin. C’est pas ça qui allait empêcher des attentats. Pas plus efficace qu’un plâtre sur une prothèse.

Ou alors c’était la crise de la cinquantaine qui prenait de l’avance.

Le 4×4 fit une embardée et quitta la route, manquant de jeter Kestrel dans le bas-côté. Le véhicule se rangea derrière un terre-plein, comme une souris. Le toit se replia en origami, les suspensions dégonflèrent, l’abaissant jusqu’à un mètre et demi à peine. Le camouflage dynamique prit la teinte sale de la terre sèche et des herbes éparses. Kestrel pouvait à peine bouger de son siège, mais il réussit à se tortiller pour voir ce qui causait toute cette agitation.

Un convoi passa en trombe. Il s’ouvrait sur deux blindés suivis d’une douzaine de camions et de trois pièces anti-aériennes. Kestrel était incapable de dire si les soldats qui glandaient sur les toits appartenaient à ce qui tenait lieu d’armée régulière ou à l’une ou l’autre des factions indépendantistes qui rodaient dans les environs. Ils se ressemblaient tous, et passaient leur temps à se voler leurs uniformes. Les deux chars à l’avant étaient marqués du drapeau noir de l’état islamique, qui aurait eu besoin d’un bon coup de pinceau. Le camouflage du 4×4 était presque de trop, tellement ces types s’en foutait. Ils avaient le visage las des soldats qui attendent et qui ne savent pas à quelle sauce ils seront mangés. La plupart d’entre eux était jeune, désoeuvré. Le nuage de poussière mis longtemps à retomber, et son véhicule repartit sans rien lui demander. Il envisagea de faire un somme.

Lorsqu’il se réveilla, son véhicule était garé dans le parking automatisé d’une station service. Il avait payé avec sa carte, s’était placé dans le coin le plus sombre et avait activé son camouflage. Quelqu’un avait même trouvé marrant d’installer une imprimante de caisse dans la boîte à gant, avec de vrais tickets en papier. Kestrel se sentit comme une cargaison. Il claqua violemment la porte en espérant que le 4×4 allait s’en offusquer, mais il ne moufta pas. Sympa et prévoyant l’engin, tant que t’en avais les moyens. Il lui fournit même la liste des meilleurs hôtels de la ville. Kestrel effaça la mémoire locale et le cache, puis alla se trouver un bar.

Il passa la soirée en compagnie d’une jeune Anglo-Coréenne dans le seul rade à touriste du coin qui servait de l’alcool. Elle était ingénieure agronome, fraîchement diplomée, elle bossait sur la barrière verte au Sud du Sahara. Elle s’était pris des vacances en zone de guerre, Kestrel la soupçonnait de vouloir se concocter des souvenirs de haute volée à raconter à ses gosses, plus tard. Mignonne et futée, comme gamine, mais trop futile à son goût. Elle prenait tout ça comme une blague. Il avait entrevu une ouverture, mais s’était ravisé. Elle s’était barrée vers trois heures du mat’, le laissant en plan devant son verre. Il se sentait vaseux lorsqu’il était ressorti alors que l’aube pointait son nez. Son portable avait sonné alors qu’il piquait du nez – il ne supportait pas les interfaces tête haute sur lunettes ou lentilles, elles lui filaient la nausée.

Il prit son sac et ordonna au 4×4 de retourner à son port d’attache, se doutant qu’il s’en sortirait aussi bien sans lui. Une escadrille d’avions de combat franchit le mur du son au-dessus de lui alors qu’ils sortait du parking dans l’éclat brûlant du soleil levant. Un grondement sourd répondit au triple bang. Deux gros monstres sortirent d’un coin de rue, des machines laides et efficaces. Des châssis à chenille de vieux chars Abrams sur lesquels on avait monté des bulles hypertrophiées en prismes d’écrans thermiques, de senseurs et de caméras de guidage. On aurait dit de gros cailloux bleus à facette qui se traînaient au sol, à deux doigts de déborder de leurs supports pour dégueuler sur la piste. On leur avait collé des grosses paraboles à la colle epoxy sur le cul, comme des antennes d’escargots borgnes.

Un sifflement. Il se tourna pour voir un type qui descendait d’une écoutille. Le mec devait faire deux bons mètres et n’avait pas l’air commode dans le contre-jour. Il fut suivi d’une mince forme indistincte, long manteau noir et cheveux en bataille, façon personnage de manga. Le mastodonte s’approcha pour faire voir une gueule bardée de plaques rigides sur la mâchoire et le front, encerclant des yeux gris du même métal. Ses jambes produisaient un crissement métallique à chaque pas. Clair que le sable du désert faisait pas du bien aux prothèses, même de niveau militaire, mais hey, il était volontaire non ? Comme tout le monde ici, tous à subir pour la cause. Cause qui restait encore à déterminer d’ailleurs. Son visage était figé dans un rictus réprobateur, le deuil de ses expressions faciales sans doute. L’autre approcha avec un sourire plus franc et le dévisagea. Il avait (ou elle avait ?) les cheveux bruns qui partaient dans tous les sens, la flèche droite d’un nez pareil à l’aile d’un aigle qui s’envole, et un air rieur sur le visage. Kestrel lui serra la main.

« — T’es Kestrel ? Moi c’est Turkey, lui c’est Shadow. Fais pas gaffe, il peut pas causer des masses, coincé de partout. Mais on est content de t’avoir à bord, tu rouleras avec nous. T’as des bagages ?

— Ouais, euh… Un sac, ouais. Qui est dans l’autre véhicule ? »

Il avait du mal à calculer Turkey, il y avait quelque chose d’étrange chez lui (chez elle ? Les androgynes, trop perturbant). Un esprit tête brûlée, le maintien sec comme le vent, paré à s’envoler, à foutre la merde. Turkey était un concentré d’énergie canalisé comme le projectile d’une arme linéaire vers tout ce qui représentait l’autorité en général et l’état en particulier. Ça, Kestrel le savait par l’étoile rouge du Parti des Travailleurs Kurdes cousue sur l’épaule gauche, la faucille et le marteau soviétiques sur la droite. Dans le genre provocateur…

« — Myrddin et Morgane pioncent. Ils ont roulé toute la nuit, on a fait du chemin, ils ont tout plié d’une traite. Solides, tu sais, ils savent se motiver. Quinze ans qu’ils sont ensembles. Mais sympa et tout, bon délire. Enfin là ils sont dans leurs couchettes et c’est Iridia qui pilote. Elle gueule toutes les cinq minutes que ça la fait chier. Comme d’habitude.

— Iridia ?

— Ouais. Elle est au volant, regarde. »

Il tourna la tête vers l’autre véhicule. La fille le dévisageait depuis le cockpit. Pas n’importe quelle fille, La fille. Celle du bar. Le regard noir, elle lui fit un vague signe de tête. Il leva la main pour lui rendre, vaguement, et se retourna vers Turkey qui souriait toujours.

« — Bon, maintenant que t’es là, on va peut-être enfin pouvoir passer aux choses sérieuses. C’est que j’en ai marre, moi, de crapahuter dans le désert pour chasser des fantômes.

— On m’a appelé pour crapahuter dans le désert.

— Ouais. Bah estime-toi heureux, on sait où on va. T’imagine pas le temps qu’on a passé à tourner en rond sans savoir ce qu’on cherchait. Mais coup de bol, on l’a eu ! Et il est beau comme un camion, je t’assure. Peut-être que tu nous porte chance, tu crois pas ? »

Il haussa les épaules, concentré sur la masse du char, boule à facette rampante dans l’aurore. Il allait vraiment passer des semaines à vivre dans ce truc ?

« — Je sais même pas ce qu’on cherche.

— Eh ben, t’es un rigolo toi… Jvais te dire ce qu’on cherche mon pote. On cherche l’avenir de l’humanité. Et on cherche une putain d’arme de destruction massive. »

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