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Aigle Englouti : Chapitre 1

Aigle Englouti : Chapitre 1

28 décembre 2014 14 h 00 min0 comments

L’air ambiant était chaud et humide, « comme un cadavre au soleil », se dit Léa. Étouffant, insupportable, un mélange de graisse de moteur, d’eau salée et d’odeur de vieux choux que ce porte-conteneur avait dû transporter peu de temps auparavant. Il n’y avait rien d’autre à faire qu’attendre. Et cette attente allait lui écorcher les nerfs. Une mission stupide, une offense même, comparé à ce qu’elle savait faire. Elle le ferait payer à Smith, d’une manière ou d’une autre.
Elle serra dans sa main l’arme qu’il lui avait remise sur le tarmac de l’aéroport de São Paulo, une semaine avant. Le canon du pistolet brillait sous le soleil de plomb, neuf, sorti d’un blister de plastique entouré de papier bulle et de carton. Elle n’était pas habituée à l’équilibre de ces nouvelles armes magnétiques. Les ingénieurs avaient placé le chargeur sous le canon pour laisser la place à la batterie dans la crosse, et recouvert le tout sous une peinture chrome clinquante. Ces types n’avaient manifestement jamais vu un champ de bataille de leur vie. De nuit, l’arme serait visible à cinq cents mètres. Elle s’était empressé de la jeter dans une boue noirâtre de kérosène et de terre mélangés devant son patron. Il avait hoché la tête, puis souri. Ce type souriait tout le temps. Même lorsqu’il ordonnait de brûler une ville jusqu’aux fondations. Lui n’avait jamais les mains sales.
« — Enfin, du soleil ! Ça fait du bien ! »
La voix qui venait de s’élever était celle de Malékith, une Indienne d’à peine vingt-cinq ans. C’était l’opératrice de l’équipe, elle gérait leurs communications et tous leurs systèmes automatisés sur le terrain. Trapue, avec de long cheveux bruns et de grands yeux rieurs enfermés derrière de larges cernes. Ses tatouages géométriques sur les joues renvoyaient à sa jeunesse passée dans les communautés Zéro, des technophiles libertaires, des allumés, des visionnaires. Ces deux dernières semaines, elle avait refroidi au siège de la EagleEye, à mettre à jour ses protocoles opérationnels. Très jeune, mais redoutablement efficace. Léa l’avait vue mettre en pièces les défenses d’une base de l’armée chilienne en cinq minutes, sans avoir l’air d’y toucher. Ils étaient entrés dans un souffle, avaient placé les charges et étaient ressortis avant que quiconque ne s’en aperçoive. Le lendemain, ils étaient déjà sur un autre continent. C’était une guerre sans nom et sans ennemi déclaré, qui se jouait entre deux contrats d’armements et trois de télécommunication. Personne n’admettrait jamais leur existence, mais on ne pouvait se passer d’eux.
« — Parle pour toi, je crève de chaud.
— Après l’Antarctique, chef, je ne vais pas me plaindre d’un peu de chaleur. »
Qui avait pu penser que c’était une bonne idée d’installer une ville en plein milieu du continent le plus désolé de la planète ? se demandait Léa. Pourtant, c’était le pari qu’avait fait la EagleEye, une trans-nationale estonienne des télécommunications, avec ses partenaires. Se planter au point le plus froid du globe, sous les moins quatre-vingt-dix degrés celsius, pour récolter un foutu minerai extra-terrestre, tombé dans les glaces une quinzaine d’années auparavant. C’était dingue, c’était insensé, ou peut-être que c’était la prochaine rupture technologique. Léa savait simplement que les types qui la payait pour faire des choses sales y croyaient. Et ça générait assez d’argent pour financer son salaire – confortable, d’ailleurs, et qu’elle n’avait pas souvent le temps de dépenser.
Elle sortit une cigarette électronique dont la fumée à faible teneur en THC s’évada vers la côte qui rétrécissait au loin, une fine ligne de terre parsemée d’éclats fugaces des lumières des villes qu’on commençait à éteindre. L’avion les avait posé à l’aéroport Yaoundé-Nsimalen deux jours avant, en pleine nuit. Deux voitures aux vitres opaques les avaient menés à un hôtel construit dans un bloc, générique, identique à ceux qu’on pourrait trouver à New-York, Taïwan ou Montevideo. Un simple parpaing gigantesque percé d’autant de suites de luxe qu’on pouvait en caser, avec des piscines sur chaque balcon. L’air conditionné n’avait pas changé d’un degré entre la cabine de l’avion et la chambre. On leur avait fourni un nécessaire de toilette standard, dont les savons et le dentifrice étaient parfumés d’un mélange de menthe et de jasmin. Ils n’avaient pas vu l’ombre d’un seul Camerounais en deux jours. Le soleil aveuglant perçait la vitre adaptative de la suite, la nourriture venait par chariot élévateur, sous une antique coupole de ferraille qui sortait d’une bande dessinée. Et deux jours plus tard, le téléphone avait sonné, trois membres du personnel de l’hôtel en costumes noirs, chemises blanches et cravates avaient posé des sacs de sport sur chaque lit, remplis de matériel – probablement déclaré illégal sur une bonne partie du continent. C’était reparti.
Ils avaient embarqué sur ce porte-conteneurs qui faisait la navette entre le rivage et l’île artificielle construite dans les eaux internationales, avec un seul ordre, “protéger la chercheuse”. Ou au moins ses recherches. La protéger de tout le monde, y compris et surtout du service de sécurité, de la délégation de l’État Fédéral Europoéen, de celle de l’ONU, et de manière générale, des intérêts croisés qui régnaient sur ce projet pilote. Pour cela, Léa avait à sa disposition une opératrice indienne anarchiste, un artilleur colombien aux muscles de cuve greffés, sa collègue coréenne accro aux implants, et un médecin de champ de bataille irlandais taciturne.
Celui-ci venait de s’enfiler la troisième canette d’une boisson à l’orange au goût synthétique en contemplant le rivage qui s’éloignait, sans décrocher un mot depuis des heures. Il suait à grosses gouttes sous son épaisse barbe blonde, les filets de transpiration brillaient dans le soleil qui se reflétait sur son crâne chauve, et descendaient le long d’une cicatrice d’impact en étoile. De la main droite, il jouait sans regarder à une application pour aveugle sur son smartphone, pour améliorer sa coordination motrice, mais ses doigts glissaient.
« — On arrive bientôt ? »
Léa soupira. L’Irlandais avait été repêché dans une prison où il purgeait cinq ans pour un vol à main armée. Ces trois mots devaient avoir doublé son temps de parole mensuel. L’ancien médecin de l’équipe avait échangé sa place contre un poste dans le département recherche de la EagleEye, en chimie. Il y développait un aérosol de cicatrisation rapide, un “glaceur”. Léa tira une longue barre sur l’embout plastique poli par ses lèvres, sentit le goût de la vapeur à la fraise dans sa gorge. Maxence jouait avec des éprouvettes, et Cillian n’était pas aussi sympathique.
« — On y est, regarde. »
La silhouette métallique d’un porte-avions désarmé glissa au-dessus d’eux, des éclats de rouille brillaient aux bords de trous béants qui contenaient autrefois des mitrailleuses. Ils le dépassèrent et le spectacle qui se présenta devant eux fut impressionnant. La structure initiale avait la forme d’un bourgeonnement de cercles s’étalant sur l’eau, à peine perturbé par la hauteur des vagues. La finesse de la coque la faisait reposer comme un pétale, au-dessus duquel s’élevait une longue tige qui s’étendait au sommet. Léa se remit le plan en mémoire, activa l’afficheur de ses lunettes en appuyant sur une branche. Le schéma se superposa à l’île artificielle devant elle. Les quartiers d’habitation en bas, ainsi que tout le nécessaire pour produire la nourriture et les ressources nécessaires à la vie des habitants, au coeur d’une forêt circulaire. Puis un ascenseur qui remontait le long de la tour, et les quartiers de recherche ainsi que la zone Nations Unies en haut. Celle île faisait trois kilomètres de diamètre pour un de haut, et contenait dix mille personnes en continu, sans compter les nombreux saisonniers qui restaient en bas. Elle était en-dehors de la plupart des lois, dans les eaux internationales. On y construisait un monde que la plupart des gens à terre n’osaient pas encore imaginer.
« — Mais ce truc est énorme ! Comment ils ont amené ça là ? »
Malékith restait accrochée à la rambarde du pont, sous le charme, le sourire d’une gamine sur le visage.
« — Ils l’ont pas amené, ils l’ont fabriqué là. Impression 3D à grande échelle, avec des navires-usines. Au début, elle n’était pas plus grande qu’une plate-forme pétrolière. » lui répondit Léa.
La jeune fille pointa du doigt la corolle de la fleur géante.
« — C’est là-haut qu’ils ont foutu le canon ? »
Léa porta sa vapoteuse à sa bouche et tira une bouffée, toussant un peu lorsque la fumée passa dans sa trachée tout juste cicatrisée. On lui avait posé l’implant au niveau de la thyroïde, un truc expérimental, que Smith l’avait plus ou moins obligée à accepter. “Faut rester au niveau, Léa, surtout à ton âge.” qu’il avait dit. Ça lui faisait un mal de chien quand elle avalait trop vite.
« — Ouais, mais t’attends pas à le voir. D’après les infos, il y a trois sas blindés gardés par des types armés, et des capteurs partout dans la coupole. Même toi, tu ne pourrais pas y rentrer. Les NU surveillent leur jouet. »
Malékith tourna rapidement la tête et planta son regard celui de Léa. Comme si elle se sentait de taille à relever le défi. Puis elle haussa les épaules et se replongea dans le paysage.
« — À quoi ça leur sert d’avoir un canon électrique dans un centre de recherche ? Surtout que tout le monde sait qu’il est là, c’est une cible facile en cas de guerre.
— Il est pas là pour la guerre, il leur sert à dégommer les astéroïdes de la ceinture.
— Il tire vers l’orbite ? Puissant. »
En 2020, les USA avaient intercepté la comète Kleiss-Sedan, qui allait frapper la Terre, avec un missile nucléaire. Le caillou s’était fragmenté, remplissant le ciel de débris, certains pas plus grands qu’un ongle et d’autres gigantesques, qui interdisaient toute forme de lancement spatial. Il avait fallu renoncer aux satellites de communication, aux GPS et à la surveillance. On avait eu à peine le temps d’évacuer la station spatiale internationale avant qu’elle ne soit pulvérisée, mais les Tiangong chinoises n’avaient pas eu cette chance. À présent, les Nations Unies menaient un programme commun pour nettoyer le ciel, afin de rattraper le temps perdu. Et ils avaient choisi la manière la plus simple : des flingues géants.
Léa avait un rapport très personnel avec cette explosion orbitale, qui datait du jour où la EagleEye l’avait recrutée pour devenir membre de son service action. Elle s’était évadée de prison, profitant du chaos provoqué par l’impulsion électromagnétique de la bombe, alors qu’elle n’avait que trente ans. Dix-sept ans plus tard, elle se demandait encore ce qu’elle avait gagné dans l’affaire.
Le porte-conteneur contourna les fermes sous-marines, qui fournissaient l’essentiel de la nourriture, pour arriver devant un grand quai de déchargement au Nord de l’île. Il fourmillait d’activité, un autre navire débarquait déjà sa cargaison, deux grues géantes prenaient les conteneurs par trois et les posaient sur un tapis roulant qui les menait vers le coeur de l’île. Leur porte-conteneurs s’ancra à son tour, Cillian cracha dans l’eau sans un mot, puis se détourna. Il devait réveiller Kyong-Hee et Zacarias, les deux artilleurs qui s’étaient trouvé un coin où dormir pendant la traversée. Léa s’engagea sur la passerelle, laissant les autres s’occuper de décharger le matériel. Petit privilège hiérarchique. Un homme, les cheveux grisonnant sur les tempes et l’air aimable, l’attendait sur le quai, une mallette à la main.
« — Madame Fontaine. Bienvenue sur Odyssée.
— Merci. »
Léa le dévisagea attentivement. Il était plus petit qu’elle, qui n’était déjà pas si grande. Ses yeux bridés s’enfonçaient derrière de fines rides. Son anglais sans accent sonnait comme une langue générique, celle des écoles internationales, aux intonations sèches. Il lui tendit la mallette dans laquelle elle trouva pêle-mêle des guides de présentation de la cité imprimés sur papier recyclé, cinq bracelets biométriques pour ouvrir les portes, et des sifflets. Léa en prit un entre ses doigts et interrogea l’homme du regard.
« — Si jamais l’un d’entre vous se perd en forêt. Suivez-moi. »
Un 4×4 électrique les transporta sans bruit le long d’une piste traversant la forêt, où Léa s’étonna de trouver une bonne couche de terre battue sur le sol. Elle fit part de sa surprise à l’homme, qui s’était présenté sous le nom de Casey. Celui-ci lui répondit qu’on avait recouvert toute la surface sur cent mètres de profondeur. Des capteurs dans le sol vérifiaient les taux de minéraux. Les arbres étaient majoritairement des espèces résistantes, comme des conifères, qui ne craignaient pas une rupture du toit surplombant le niveau inférieur. Arrivés à la tour, ils décollèrent dans un ascenseur en verre, qui passa au travers de plusieurs niveaux de fermes en hauteur. L’atmosphère étaient contrôlée pour protéger ces espèces plus fragiles, des légumes et des fruits qu’on pouvait avoir à toute époque de l’année. Casey précisa que la nourriture était principalement végétarienne, car il était difficile de produire des denrées animales sur une si petite surface.
Arrivés en haut, ils passèrent une première porte gardée par deux hommes armés, en uniformes et casques bleus. Les couloirs étaient très clairs, des bandes sur le sol et les murs renvoyaient une douce lumière. Ils bruissaient de l’activité intense d’une communauté en expansion, où tout restait encore à faire. Mais cette activité avait sa géométrie propre, elle évitait soigneusement certaines portes fermées, certaines zones interdites, sous surveillance NU ou privée. Au coeur de la tige, un second ascenseur montait vers la coupole du canon, hors d’atteinte. Ils montèrent dans une grande salle en couronne, qui faisait le tour d’un niveau entier, et qui baignait dans la lumière du soleil sous un toit de verre. Des petits groupes se relaxaient dans des fauteuils, d’autres dormaient ou travaillaient. Casey se tourna vers Léa.
« — Madame vous attend. Je vais emmener votre équipe dans ses quartiers.
— Bien. » Elle se tourna vers Zacarias. « — Préviens-moi quand tout sera en place. Faites le nécessaire, comme d’habitude. »
Ce nécessaire impliquait bien entendu de laisser Malékith entrer dans les systèmes de surveillance de l’île. Léa n’avait qu’une confiance limitée dans ce patchwork d’organisations rivales et néanmoins alliées. Elle préférait les informations de première main. Ils acquiescèrent et partirent. Elle s’assit à une table où une femme était penchée sur une masse de papiers. Elle ne releva pas les yeux, Léa en profita pour la détailler. Plus jeune qu’elle, mais pas de beaucoup. La couleur de sa peau indiquait une origine locale, très sombre. Ses cheveux mi-longs avaient été rassemblés à l’arrière de son crâne, plus par économie que par coquetterie. Ses yeux étaient noyés derrière une paire de lunettes de vue, sur les verres de laquelle brillaient des diagrammes. Un dispositif expérimental enserrait son oreille droite, l’obstruant totalement.
« — Diana Fary Nyobe. Je dirige cet endroit.
— Je sais. »
La femme releva enfin la tête. Son regard manifestait une hostilité claire et assumée.
« — Alors vous savez que vous n’êtes pas la bienvenue sur cette île, Mademoiselle Léa Fontaine. Je n’ai pas besoin du genre de service que vous offrez.
— Ce n’est pas à vous d’en juger, mais à mon patron. Le vôtre, aussi. La EagleEye pense que vous courrez un risque. »
Nyobe pointa du menton un groupe de soldats qui passaient sur une galerie au-dessus d’elles.
« — Il y a bien assez d’armes et de tueurs dans votre genre dans ce qui devait être un centre de recherche. Je tiens à ce que mes équipes puissent travailler en paix. Vous compromettez cela. »
Léa posa ses coudes sur la table et sa tête sur ses poings, en choisissant ses mots avec attention.
« — Nous ne sommes pas là pour vous causer des problèmes. Si jamais il y en avait, ce ne serait pas de notre initiative. Mais notre employeur commun a des raisons de penser que quelque chose va s’en prendre à vous. Et que les personnes chargées de vous protéger ne sont pas fiables. »
Nyobe pencha la tête un instant, comme si elle examinait soigneusement les faits. Elle ne pouvait pas contredire cette dernière assertion. L’île était financée par les gouvernements de Russie, d’Europe, de Chine et des Etats-Unis, ainsi que par plusieurs groupes privés. Bien que tous clamaient oeuvrer dans un but commun, chacun tentait de prendre l’avantage sur les autres. Et chacun voulait introduire sa propre petite armée pour grappiller des miettes de pouvoir. Odyssée n’était pas plus un Eden qu’un panier de crabes.
« — Vous pouvez rester. Pour le moment. Restez aussi loin de mes équipes que possible. Si jamais vous perturbez nos recherches, je vous mets dans le premier navire vers la côte, ou vous repartirez à la nage. Et si ça ne plaît pas à votre Monsieur Smith, il faudra qu’il vienne me le dire lui-même. C’est compris ?
— Ça me paraît être un bon compromis. Je vais rejoindre les autres, voir comment ils sont installés. »
Nyobe esquissa un sourire sans joie.
« — Ne vous en faites pas. Même si vous n’êtes pas les bienvenus, nous savons garder notre sens de l’hospitalité.
— Très bien. Alors, à plus tard. »
Léa se détourna et descendit vers un escalier qui s’enfonçait dans la structure de la tour. Elle se disait que cette mission ne démarrait pas de la meilleure manière. La plupart du temps, l’hostilité de ses clients – ou plutôt de ses cibles – était un paramètre connu à l’avance, intégré dans le plan. Les rares personnes qu’on lui avait demandé de protéger étaient trop heureuses d’avoir un chaperon au-dessus de leurs têtes. C’était la première fois qu’on s’opposait à elle de manière aussi frontale. Voilà qui allait rendre les choses plus difficiles que prévu.
En descendant, elle s’arrêta pour regarder l’île sous ses pieds. Trop vaste. Trop de recoins, trop d’inconnus. Cet endroit n’avait rien des terrains sur lesquels elle s’était déjà battue. Même le léger roulis la mettait mal à l’aise. Elle devait se reprendre. L’orage venait, elle n’était pas prête. Il allait bien falloir pourtant. Si Smith avait vu juste, ils allaient tous au devant de gros ennuis.

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