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Surcharge, retour d’expérience : écrivains de SF, faites du réaliste !

Surcharge, retour d’expérience : écrivains de SF, faites du réaliste !

La semaine dernière, j’ai présenté les raisons qui m’avaient poussées à écrire une nouvelle de 18.000 mots. J’y ai montré les conséquences que cette forme spécifique avait eu sur ma façon d’écrire. Aujourd’hui, je vais montrer pourquoi j’ai choisi d’écrire une fiction dans un univers réaliste, et ce que cela m’a apporté dans mon style.

Le Clip de la Guillotière

D’ores et déjà, soyons clairs : je veux écrire de la science-fiction. J’adore ça, ça me permet de créer des univers fouillés, d’imaginer de nouvelles technologies, de comprendre leur impact sur le monde. La science-fiction a l’énorme avantage de combiner l’évasion de la fantasy et la crédibilité du réaliste. Ce genre littéraire m’aide à sortir du monde réel (qui est, il faut bien l’admettre, souvent ennuyeux). Il me permet surtout de « bricoler », ce que je préfère dans l’écriture : utiliser des idées, les agencer entre elles, déterminer les causes et conséquences pour créer un récit. En plus, pour peu qu’on soit sérieux et consciencieux, on peut justifier n’importe quoi. Bref, la science-fiction, c’est le bien.

Cela étant (oui, « cela étant », c’est comme « mais » mais en plus long), j’ai décidé d’arrêter le temps de Surcharge. J’avais l’impression de ne plus trop savoir où j’allais dans mon projet de roman. L’univers commençait à se brouiller, donc j’ai voulu attaquer une autre histoire. Au hasard du sujet qu’on m’a proposé, « un couple qui braque une banque pour acheter des sextoys », j’ai commencé un texte réaliste. C’est important : je n’ai pas choisi a priori de faire du réaliste, c’est la conséquence du sujet de la nouvelle. Finalement, même si j’appréhendais, décrire le monde réel est plutôt intéressant. J’ai même appris plusieurs choses.

Le pont de la Mulatière, où se termine Surcharge

Le réel est une contrainte

En écrivant de la fiction réaliste, on ne peut pas tricher. On doit décrire le monde tel qu’il est, on ne peut pas le modifier à volonté pour coller à l’histoire. On ne peut pas détourner l’attention du lecteur en lui expliquant une nouvelle technologie révolutionnaire pour cacher le manque d’intrigue. Et ça limite les grosses explosions. J’ai tendance à faire exploser tout le décor dans mes histoires. C’est toujours jouissif à écrire, mais ça devient un brin répétitif.

En décrivant le monde réel, on s’impose des contraintes, on retire tout un tas de possibilités à utiliser. Logiquement, on doit décrire plus attentivement les éléments de l’univers. On dispose de plus de temps, on doit approfondir la psychologie des personnages. Ceux-ci n’ont pas le rôle de regard du lecteur qui découvre l’univers, ils doivent faire autre chose que de jouer avec ce nouveau flingue magnétique. Cela demande de pousser l’imagination beaucoup plus loin. Quand on a l’habitude de la SF, décrire strictement le réel exige de modifier son mode de pensée. Réussir aide à se sentir plus intelligent ^^.

La gare où se bat Léa

Le réel est intéressant

Ou plutôt, il vous donne une foule de chose à dire. Pensez-y : toute la journée, vous êtes soumis à une quantité incroyable de stimulation visuelle, auditive, gustative, tactile… Il y a forcément quelque chose à prendre là dedans. Notre vie à nous n’est pas particulièrement intéressante, comme l’explique « Comment ne pas écrire des histoires« , que je relis souvent. Mais la scène où elle se déroule est riche de possibilités.

Dans Surcharge, j’ai utilisé mon expérience d’étudiant en lettres lyonnais. J’y ai présenté les lieux dans lesquels j’avais passé du temps, les images qui m’étaient venues. Contrairement aux arcologies d’Annlombre, qui sont des projections de mon imagination, les lieux décrits existent bel et bien. La gare, le Clip de la Guillotière, le quartier de Confluence en construction, tout ou presque est réel.

Si vous utilisez des éléments réels, vous êtes capables de les décrire plus précisément que des inventions, parce que vous les connaissez. Le lecteur va le ressentir, et va adhérer à vos descriptions. D’autant plus s’il a lui-même l’opportunité de se rendre sur les lieux décris pour vérifier vos paroles. Il est donc beaucoup plus simple d’amener le lecteur dans votre histoire, de l’intéresser à vos personnages, de lui faire ressentir des émotions envers eux. Évidemment, il ne se reconnaîtra pas toujours dans les personnages, ce ne sera pas forcément son milieu social, ou sa manière de pensée. Mais il pourra valider les personnages comme des gens qu’il pourrait rencontrer dans la rue. Et donc, se demander ce qu’ils vont faire, et ce qu’ils vont devenir.

Un tram de Lyon, la nuit

Et maintenant ?

Bon, tout ça c’est bien beau, mais il ne faut pas perdre de vue l’objectif prioritaire : faire de la SF qui déchire, avec une vision terrifiante et exaltante de l’humanité, dans un univers proche du notre, mais pourtant totalement autre. C’est là que cette expérience du réaliste peut être utile. En effet, on peut profiter de ce que l’on a appris pour créer des lieux, des personnes et des habitudes qui semblent réels. Le réel se joue dans les détails. Une fois que l’on sait quels détails « font réels », on peut ajouter ces détails à des constructions imaginaires.

Ça va être le problème auquel je vais être confronté pour ma seconde nouvelle. Elle devrait se dérouler dans un futur proche, dans un endroit inventé, mais qui pourrait exister. Il faudra donc que ce lieu inventé semble tout aussi réel que peuvent l’être ceux de Surcharge. De la même manière, le réel a une influence tangible sur les personnages, il sera donc nécessaire de simuler l’influence de mon réel inventé. Ça ne sera pas facile, mais je pense y parvenir.

On verra ça dans un mois, une fois terminé…

4 mars 20140 commentsRead More