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L’Oeil, retour d’expérience : narrateur et point de vue

L’Oeil, retour d’expérience : narrateur et point de vue

Il y a quelques temps, la blogueuse Anne-Charlotte Husson a fait paraître sur son blog Genre! un article sur la théorie du point de vue. Cette théorie est utile en sciences humaines pour exprimer la variabilité des explications à un fait donné, selon les personnes qui en parlent. Elle peut être aussi utile pour concevoir une histoire. Voici comment j’ai essayé de m’en servir dans L’Oeil.

La théorie du point de vue (standpoint theory dans sa version originale) explique que selon les locuteurs, l’explication d’un fait peut-être différent. Par exemple, le problème du sexisme ne sera pas défini de la même manière par un homme ou par une femme. Le racisme ne sera pas expliqué de la même manière de la part d’un blanc ou d’un noir (du moins en Occident). L’expérience personnelle conditionne l’appréciation d’un fait, il n’y a pas d’observateur neutre et totalement déconnecté de ses propres péripéties.

Cela conduit à un nouveau problème. Tous les observateurs ne sont pas considérés de la même manière par les médias (au sens de « canaux de communication »). Certains sont considérés comme plus valables que d’autres, quand bien même ils n’ont pas une expérience suffisante. C’est ainsi qu’on se retrouve avec des experts masculins blancs pour parler de racisme et de sexisme sur les plateaux télés, sous prétexte qu’ils sont plus objectifs. L’article cité au début décrit assez bien le problème que cela pose, je ne reviendrais pas dessus.

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Une question de pouvoir

Ce qui m’a interpellé, c’est que cette théorie parle en fait de pouvoir. Celui qui parle est celui qui possède le pouvoir de modifier l’opinion de ceux qui l’écoutent. C’est un problème pour les mouvements militants qui voient leur parole confisquée par ceux contre qui ils s’opposent. Mais cette question s’applique aussi à la création d’une fiction. Dans un récit, celui qui raconte l’histoire (le narrateur) détient le pouvoir sur le lecteur. Il choisit ce qui peut être montré, ce qui doit être expliqué, et surtout ce qui doit être passé sous silence. La suspension d’incrédulité est justement ce rapport de force qui se crée entre le narrateur et le lecteur. Le premier dit au second « Je vais te dire quelque chose, et tu vas accepter d’y croire ».

Il existe deux grands types de narrateur : interne et externe, c’est à dire « je » et « il ». Le narrateur à la première personne permet d’entrer directement dans la tête du personnage, ce qui le rend plus vivant, mais jette le doute sur sa sincérité et son honnêteté. À la troisième personne, le narrateur est plus détaché du personnage, mais on lui accorde plus de confiance car il semble impartial. Élisabeth Vonarburg en parle très précisément, avec beaucoup d’exemples, dans son Comment écrire des histoires. On peut ensuite jouer sur les différentes modalités d’écritures dans chaque domaine, mais la base est là.

Dans L’Oeil, j’ai essayé de montrer comment le pouvoir traditionnel (symbolisé par le gouvernement) était dépassé à la fois par sa base (le peuple) et son sommet (les entreprises transnationales). Il fallait donc établir l’action de ce pouvoir, pour montrer ensuite comment il se faisait dépasser. Il fallait donc montrer qui allait le dépasser et comment.

 La forme au service du fond

Ainsi, j’ai décidé que les narrateurs représenteraient ceux qui possèdent le pouvoir, de cette manière :

  • Premier chapitre : Narrateur externe (centré sur Léa)
  • Second chapitre : Narrateur interne (dans la tête de François)
  • Troisième : Narrateur externe (centré sur Léa)
  • Quatrième : Narrateur interne (dans la tête de François)
  • Cinquième : Narrateur externe (centré sur Léa), avec des interventions directe de Léa en italique
  • Sixième : Narrateur interne (dans la tête de Léa)

Cette histoire est donc celle de la conquête du pouvoir par le personnage de Léa. Les séquences à la troisième personne sont celles dans la prison, c’est à dire du point de vue du bâtiment lui-même, qui l’observe en permanence par le biais des nombreuses caméras et senseurs. François sera l’élément perturbateur qui lui donnera accès à l’information lui permettant de se libérer, il possède donc le pouvoir en début de texte. Au chapitre 5, qui est la clé de la nouvelle, Léa conquiert sa liberté en prenant l’initiative, et en détruisant tout ce qui s’oppose à elle. La plus grande part du texte est donc à la troisième personne, pour symboliser cette menace, avec des intrusions à la première personne qui montrent sa volonté. Logiquement, elle possède donc le pouvoir dans le dernier chapitre, même si les circonstances lui sont peu favorables.

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Un choix crucial

Le choix du narrateur dans un texte est donc important : il permet de décider des informations qu’on donne au lecteur, et comment on leur donne. Ce choix peut conditionner le sens qu’on veut donner à l’histoire. Un narrateur interne sera plus proche du lecteur, il transmettra plus d’émotions et de ressenti face à une situation précise. Ça marche par exemple dans Carbone modifié de Richard Morgan, car le personnage principal a une très forte personnalité (Takeshi Kovacs, dont Léa est de loin inspirée). Un narrateur externe permettra de mieux décrire l’univers dans lequel prend place l’histoire, sans s’attacher à un point de vue précis. On peut obtenir des descriptions bien plus imagées, comme dans le Neuromancien de William Gibson, où elles sont très poétiques.

Jusqu’à présent, la plupart des récits étaient écrits selon le même choix de narrateur, ou du moins avec la même personne de narration. C’est une convention qui permet l’unité du récit et évite de perdre le lecteur. Pourtant, je pense que dans certains cas, si l’histoire le permet, on peut varier sans pour autant être incompréhensible. Et cette variation peut apporter de réels indications quant à l’expérience vécue par le personnage, ainsi que l’univers où ils les vivent. J’espère en tout cas que ça a marché dans la nouvelle.

Surcharge, retour d’expérience : l’apport du féminisme pour la création de personnages

Surcharge, retour d’expérience : l’apport du féminisme pour la création de personnages

Cet article contient du spoil de ma nouvelle Surcharge. Il vaut mieux la lire pour tout comprendre, de toute manière.

J’ai expliqué pourquoi j’avais choisi d’utiliser une structure en 6*3000 mots, puis pourquoi je m’étais décidé à écrire dans le monde réel. J’avais également besoin de créer des personnages « engageants », comme on dit dans la com’. C’est à dire, des personnages qui attireront l’attention du lecteur. Je me suis (entre autres) appuyé sur la lecture de différents sites féministes.

L'apex de la narration : des boobs et des fesses

Mon projet, lorsque j’ai commencé Surcharge, était de créer des personnages un peu plus étoffés que dans mon bouquin. Quand j’écris de la science-fiction, mes personnages ont plutôt tendance à « porter la caméra » qu’à réfléchir : leurs actions et leurs attentions exposent l’univers dans lequel se déroule l’intrigue. Jusque là, j’en avais besoin pour décrire au lecteur l’univers que je suis en train de créer, avec ses bouleversements géopolitiques, technologiques ou sociétaux. Mais il faut bien reconnaître que c’est assez chiant à lire : l’action n’avance pas, les personnages parlent de choses qu’ils sont sensés déjà connaître, et s’extasient devant ce qui devrait leur sembler familier.

J’ai donc décidé de créer un couple, Léa et Jean, vivant leur vie dans le premier chapitre. Avec le second chapitre, Léa est devenue très rapidement le protagoniste de l’histoire, reléguant Jean au niveau d’adjuvant. Je me suis retrouvé face au problème d’être un homme qui crée un personnage féminin. Avec la contrainte de le rendre le plus réaliste possible. Donc, ne pas avoir recours aux clichés qui facilitent la conception d’un personnage. Éliminer les archétypes : la princesse en danger, la femme violée qui veut se venger, la mère qui pense avec ses ovaires… J’ai rien contre ces clichés, mais j’avais besoin de matériaux un peu plus consistants.

D’ailleurs, la question même « être un homme qui crée un personnage féminin » est biaisée. Si je n’étais pas sexiste, et totalement détaché de ce problème, la question du genre ne se poserait pas. Mais bon, je préfère me confronter frontalement à la question pour la résoudre, plutôt que de me perdre dans mes préjugés.

Tout d’abord, une définition artisanale du féminisme (je sais, c’est super casse-gueule, mais j’aime bien faire les choses moi-même) : il s’agit d’un ensemble de courants de pensée, fondé sur des idées et une étude de la société, qui considère qu’il existe des inégalités flagrantes entre les hommes et les femmes. De ces inégalités découlent des discriminations économiques (salaires), judiciaires (traitement du viol), et plus largement, des comportement de nature sexiste (harcèlement de rue, par exemple). Les féminismes, qui sont multiples, partagent tous à peu près ces considérations. Ces mouvements s’emploient donc à réduire les inégalités, tant formelles qu’informelles, pour arriver à une égalité de droit et de traitement. J’ai du mal à voir ce qu’on pourrait reprocher à ce genre d’ambition.

Les escargots approuvent cet article.

En considérant les hommes, les femmes et les transexuels sur un même plan d’égalité, les féminismes deviennent un outil précieux pour créer des personnages. Ceux-ci ne sont plus restreints par leur genre, par les rôles théoriques dans lesquels la société les enferment. Une partie de la littérature féministe se concentre sur les stéréotypes de genre (ceux que défend la Manif Pour Tous, et qui sont menacés par les escargots. Fureur et destruction tout ça.) Ces stéréotypes sont des constructions qui sont intériorisées au cours de notre sociabilisation, et qui permettent de simplifier notre regard sur le monde, pour rendre celui-ci plus compréhensible. Le problème de ces stéréotypes, c’est qu’en les appliquant, on peut rater quelque chose. Ou faire des contre-sens.

Précisons néanmoins que je parle ici de l’apport de certaines idées et certains sites féministes à mes récits. Non pas que les autres ne valent rien. Mais je ne peux pas me prononcer sur ce que je n’ai pas lu. Et il y a encore moult pléthore de textes que je n’ai pas lu (d’ailleurs, si vous avez de quoi alimenter, je prends avec plaisir !)

Rappelons mon pitch de base pour Surcharge : « Un couple braque une banque pour s’acheter des sextoys ». Quels étaient les écueils à éviter ?

  • Le couple traditionnel mec dominant – femme dominée : Très très simple, le modèle « famille 1950 ». L’homme bosse et rapporte l’argent, la femme le suit avec un sourire béat et idiot, sans avoir la moindre influence sur le récit. Très vite, j’ai décidé d’écrire le chapitre 2, qui donne la vedette à Léa. Elle est seule face à une contrainte, et s’en sort sans aucune aide Ainsi, Léa comme Jean ont une personnalité définie, ils ont chacun leurs objectifs et leur volonté propre. L’absence d’objectif de Jean elle-même est expliquée, il n’est pas « cannibalisé » par Léa. Ils sont en couples parce qu’ils ont un désir mutuel, pas parce qu’ils doivent être en couple Un problème que démontre très bien Myroie  (un blog très bien pour aborder le sujet) dans un article postérieur à la nouvelle, mais qui exprime bien ce à quoi je pense. Et en plus, la scène de karaté, elle était trop cool à écrire.
  • La nana folle du cul : Facile de se faire avoir dès lors qu’on parle de sujet à caractère sexuel, avec une grosse synergie avec le précédent cliché. Il aurait été simple de créer un personnage lascif, concerné uniquement par ce qui se passe entre ses jambes. L’objectif du personnage n’aurait été que de trouver un nouveau moyen de se faire plaisir. Pour éviter ce problème, j’ai choisi de ne pas parler de l’utilisation de l’objet en lui-même, mais plutôt de sa symbolique : un objet de plaisir (donc non nécessaire), à un prix important. Ainsi, Léa ne convoite plus l’objet pour ce qu’il peut faire, mais pour avoir la possibilité de le posséder. Ce qui implique qu’elle veut se libérer des attentes « normalisées » (survivre et jouir) pour obtenir un pouvoir, c’est à dire une capacité de prise de décision sur son existence.
  • La veuve noire : Dernier problème à résoudre, Léa aurait très bien pu être ce genre de personnage qu’on rencontrait beaucoup au cinéma il y a quelques années : celle qui attire un homme et le pousse à sa perte. On peut penser à Denise Richard et Neve Campbell dans Sexcrime, ou aux personnages de vampires qui bouffent leurs victimes. Dans un contexte qui implique un couple, du sexe et de la violence, avec un personnage féminin imposant, j’aurais pu facilement tomber dedans. Alors oui, [spoil] Jean meurt [/spoil]. Mais la cause est externe, elle provient de l’échec partiel du plan. Léa n’en est pas responsable, ou uniquement à ses dépens. Le physique compte aussi : les personnages type « sexe mortel » ont tendance à être très attirants, jusqu’à faire perdre leurs moyens à leurs victimes. Pour éviter ça, j’ai décrit les personnages l’un à travers le regard de l’autre. Jean trouve Léa attirante, et réciproquement, mais ce n’est pas un fait établi, seulement un point de vue personnel.

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À vrai dire, la nouvelle n’est pas parfaite de ce point de vue. Si j’évite les clichés, il m’arrive de les renverser, ce qui n’est pas mieux. Jean pourrait être amélioré, sa personnalité plus développée. Les réactions de Léa à la fin de la nouvelle pourraient être approfondies. Ce sera à travailler dans une prochaine version de Surcharge.

De manière générale, on pourrait appliquer cette méthode à de nombreux autres paramètres. La couleur de peau, par exemple : j’évite toujours de donner la couleur de peau de mes personnages, à moins que ce ne soit pertinent. Pour le moment, ça en concerne un seul, qui a un masque sur le visage, et dont l’origine est source de question pour son entourage. Pour les autres, je donne seulement le pays d’origine, si nécessaire. Considérant mon univers, qui s’appuie sur le notre actuel, la « race » (je tiens aux guillemets) des personnages a peu d’importance. On a déjà un brassage génétique conséquent, pas de raison que ça change d’ici 2061. Et puis, si un jour on fait un film avec mes bêtises, ça laissera plus de choix pour les acteurs !

D’un autre côté, les sites féministes peuvent fournir une gamme de personnages intéressants dans leur dénonciation des préjugés. Par exemple, il y a quelques mois, je lisais un article chez l’Elfe (aussi intéressant que Myroie, avec moins de liens et d’interligne). Elle présente des personnes qui rendent service à d’autres dans l’espoir d’obtenir quelque chose en retour, et qui sont frustrés de ne pas l’obtenir (Ce qu’en contexte on nomme la « Friendzone »). Je me suis dit que ce mode de fonctionnement pourrait faire un bon personnage. Plutôt que de s’affranchir du cliché, il s’agira de profiter de celui-ci comme base pour créer un personnage authentique, qui cherchera à obtenir quelque chose d’un autre. Je vais tester ça dans ma prochaine nouvelle, avec plein d’autres trucs. En tâchant d’éviter, là encore, l’écueil du gros préjugé lourdingue qui transforme le personnage en parodie de lui-même.

Bon, c’est bien joli les bons sentiments, l’égalitarisme, les grands principes et tout ça. Mais faut pas oublier ma principale raison d’écrire : DES FUSILLADES ET DES EXPLOSIONS ! (Pas des trucs de gonzesses. Tavu. Gros.)

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Nan, je déconne. Je suis heureux que le féminisme existe. Ce mouvement participe à l’amélioration de l’intelligence générale. Et c’est plus que ce que beaucoup peuvent revendiquer.

Ressources complémentaires :

  • Le test de Bechdel : Permet de tester simplement le cliché des personnages féminins dans un récit.
  • Le test de Porcel : Comme le précédent, en plus complet. Par Florence Porcel, alias « Je-me-tire-de-cette-planète » [/jalousie]
  • Une FAQ sur le féminisme, par Myroie encore. Il y a des trucs à prendre pour approfondir les personnages.
  • Le site de Ciel d’orage. Non seulement elle écrit bien, mais en plus elle a la patience d’écouter mes bêtises sans s’énerver. C’est pas donné à tout le monde.
24 mars 20141 commentRead More
Surcharge, retour d’expérience : écrivains de SF, faites du réaliste !

Surcharge, retour d’expérience : écrivains de SF, faites du réaliste !

La semaine dernière, j’ai présenté les raisons qui m’avaient poussées à écrire une nouvelle de 18.000 mots. J’y ai montré les conséquences que cette forme spécifique avait eu sur ma façon d’écrire. Aujourd’hui, je vais montrer pourquoi j’ai choisi d’écrire une fiction dans un univers réaliste, et ce que cela m’a apporté dans mon style.

Le Clip de la Guillotière

D’ores et déjà, soyons clairs : je veux écrire de la science-fiction. J’adore ça, ça me permet de créer des univers fouillés, d’imaginer de nouvelles technologies, de comprendre leur impact sur le monde. La science-fiction a l’énorme avantage de combiner l’évasion de la fantasy et la crédibilité du réaliste. Ce genre littéraire m’aide à sortir du monde réel (qui est, il faut bien l’admettre, souvent ennuyeux). Il me permet surtout de « bricoler », ce que je préfère dans l’écriture : utiliser des idées, les agencer entre elles, déterminer les causes et conséquences pour créer un récit. En plus, pour peu qu’on soit sérieux et consciencieux, on peut justifier n’importe quoi. Bref, la science-fiction, c’est le bien.

Cela étant (oui, « cela étant », c’est comme « mais » mais en plus long), j’ai décidé d’arrêter le temps de Surcharge. J’avais l’impression de ne plus trop savoir où j’allais dans mon projet de roman. L’univers commençait à se brouiller, donc j’ai voulu attaquer une autre histoire. Au hasard du sujet qu’on m’a proposé, « un couple qui braque une banque pour acheter des sextoys », j’ai commencé un texte réaliste. C’est important : je n’ai pas choisi a priori de faire du réaliste, c’est la conséquence du sujet de la nouvelle. Finalement, même si j’appréhendais, décrire le monde réel est plutôt intéressant. J’ai même appris plusieurs choses.

Le pont de la Mulatière, où se termine Surcharge

Le réel est une contrainte

En écrivant de la fiction réaliste, on ne peut pas tricher. On doit décrire le monde tel qu’il est, on ne peut pas le modifier à volonté pour coller à l’histoire. On ne peut pas détourner l’attention du lecteur en lui expliquant une nouvelle technologie révolutionnaire pour cacher le manque d’intrigue. Et ça limite les grosses explosions. J’ai tendance à faire exploser tout le décor dans mes histoires. C’est toujours jouissif à écrire, mais ça devient un brin répétitif.

En décrivant le monde réel, on s’impose des contraintes, on retire tout un tas de possibilités à utiliser. Logiquement, on doit décrire plus attentivement les éléments de l’univers. On dispose de plus de temps, on doit approfondir la psychologie des personnages. Ceux-ci n’ont pas le rôle de regard du lecteur qui découvre l’univers, ils doivent faire autre chose que de jouer avec ce nouveau flingue magnétique. Cela demande de pousser l’imagination beaucoup plus loin. Quand on a l’habitude de la SF, décrire strictement le réel exige de modifier son mode de pensée. Réussir aide à se sentir plus intelligent ^^.

La gare où se bat Léa

Le réel est intéressant

Ou plutôt, il vous donne une foule de chose à dire. Pensez-y : toute la journée, vous êtes soumis à une quantité incroyable de stimulation visuelle, auditive, gustative, tactile… Il y a forcément quelque chose à prendre là dedans. Notre vie à nous n’est pas particulièrement intéressante, comme l’explique « Comment ne pas écrire des histoires« , que je relis souvent. Mais la scène où elle se déroule est riche de possibilités.

Dans Surcharge, j’ai utilisé mon expérience d’étudiant en lettres lyonnais. J’y ai présenté les lieux dans lesquels j’avais passé du temps, les images qui m’étaient venues. Contrairement aux arcologies d’Annlombre, qui sont des projections de mon imagination, les lieux décrits existent bel et bien. La gare, le Clip de la Guillotière, le quartier de Confluence en construction, tout ou presque est réel.

Si vous utilisez des éléments réels, vous êtes capables de les décrire plus précisément que des inventions, parce que vous les connaissez. Le lecteur va le ressentir, et va adhérer à vos descriptions. D’autant plus s’il a lui-même l’opportunité de se rendre sur les lieux décris pour vérifier vos paroles. Il est donc beaucoup plus simple d’amener le lecteur dans votre histoire, de l’intéresser à vos personnages, de lui faire ressentir des émotions envers eux. Évidemment, il ne se reconnaîtra pas toujours dans les personnages, ce ne sera pas forcément son milieu social, ou sa manière de pensée. Mais il pourra valider les personnages comme des gens qu’il pourrait rencontrer dans la rue. Et donc, se demander ce qu’ils vont faire, et ce qu’ils vont devenir.

Un tram de Lyon, la nuit

Et maintenant ?

Bon, tout ça c’est bien beau, mais il ne faut pas perdre de vue l’objectif prioritaire : faire de la SF qui déchire, avec une vision terrifiante et exaltante de l’humanité, dans un univers proche du notre, mais pourtant totalement autre. C’est là que cette expérience du réaliste peut être utile. En effet, on peut profiter de ce que l’on a appris pour créer des lieux, des personnes et des habitudes qui semblent réels. Le réel se joue dans les détails. Une fois que l’on sait quels détails « font réels », on peut ajouter ces détails à des constructions imaginaires.

Ça va être le problème auquel je vais être confronté pour ma seconde nouvelle. Elle devrait se dérouler dans un futur proche, dans un endroit inventé, mais qui pourrait exister. Il faudra donc que ce lieu inventé semble tout aussi réel que peuvent l’être ceux de Surcharge. De la même manière, le réel a une influence tangible sur les personnages, il sera donc nécessaire de simuler l’influence de mon réel inventé. Ça ne sera pas facile, mais je pense y parvenir.

On verra ça dans un mois, une fois terminé…

4 mars 20140 commentsRead More
Surcharge, retour d’expérience : écrire 18.000 mots

Surcharge, retour d’expérience : écrire 18.000 mots

Récemment, j’ai écrit une nouvelle, Surcharge. J’ai pu tester tout un tas de trucs sur ce texte, des constructions ou des contraintes narratives que je n’avais jamais abordé. L’une d’elle est le format du texte : 18.000 mots, sur six chapitres de 3.000. C’est vraiment un format très sympa à écrire, voilà pourquoi je tenais à expliquer d’où il vient, et ce qu’il m’apporte.

Durant le mois de Novembre 2013, j’ai décidé de laisser tomber mon projet de roman. J’en avais marre de cet univers (même s’il est trop génial et que je m’éclate avec). Je n’avais plus d’idées. Et pour couronner le tout, celles qui existaient déjà commençaient sérieusement à sentir le roussi. Elles le sentent toujours d’ailleurs, mais je commence à pouvoir expliquer tout ce que j’ai imaginé, donc rien n’est perdu. J’ai décidé de faire autre chose, et d’écrire une nouvelle.

Le sujet est sorti d’une conversation Skype débile et probablement trop tardive : « Un couple braque une banque pour s’acheter des sextoys ». Je me suis dit qu’il fallait essayer de finir ça en un mois, probablement à cause du Nanowrimo qui commençait. Mais je n’allais pas envoyer les 50.000 mots demandés. Je n’ai pas cette faculté à rédiger des quantités astronomiques de texte par jours, comme Keela, qui dépassait les requis de l’exercice. Ça doit demander une faculté de concentration que je n’ai pas. Un peu comme ces mutants qui écrivaient 6 feuilles doubles de dissertation en licence de Lettres (des gens forts étranges).

Ainsi, j’ai regardé mon bouquin, et vu que les chapitres faisaient en gros 6.000 mots chacun. Chaque chapitre est long à écrire (ce qui explique ma flemme ces temps-ci). J’ai donc arbitrairement divisé par deux, et décidé de me tenir à 1.000 mots par jour, pour finir en avance sur le mois et revoir le texte. Évidemment, je me suis découragé en une semaine et j’ai terminé à peine deux jours en avance, au lieu de douze. Mais bon, l’essentiel est d’y avoir cru un temps… Dans tous les cas, j’ai respecté mes délais et la structure a tenu debout. Le nombre final de chapitres s’est développé de lui-même, au fil du texte.

Cette structure en 6*3.000 mots m’a été très utile pour construire la progression de l’histoire. Elle m’a permis de développer correctement l’ensemble des composantes du récit dont j’avais besoin :

  • Un univers cohérent, largement inspiré de la réalité que j’ai connue, avec une grande quantité de détails pour le rendre familier au lecteur, et de possibilités à exploiter dans le récit.
  • Des personnages crédibles, attachants, et surtout individualisés. Léa et Jean sont deux personnes qu’on pourrait rencontrer, dans des circonstances particulières. Leurs personnalités découlent de leurs passés respectifs, ils n’agissent pas d’une manière qui contredit leur logique (du moins je crois).
  • Une histoire qui tient la route, avec une situation initiale, un élément perturbateur annoncé à l’avance, et des conséquences à cet événement. Il n’y a pas de problème abordé et non résolu, la fin clôt réellement le cheminement. Même si on se demande ce qu’il advient de Léa.
  • Un style potable. Je ne suis pas un grand styliste, mais selon les retours, c’est agréable à lire. Le rythme est vivant et la lecture facile.

En six chapitres, j’ai pu diviser mon histoire en trois grandes parties. Elles permettent de donner au lecteur toutes les informations dont il a besoin.

La première partie, composé des deux premiers chapitres, sert de présentation. Le premier chapitre développe les protagonistes. On apprend qui ils sont, ce qu’ils font, des éléments de leur passé qui motivent leurs actes présents. On y voit le milieu géographique et social dans lequel ils vivent. On en apprend aussi sur leur relation, ses origines, et leur attachement l’un à l’autre. Le second chapitre présente un peu plus l’univers du récit. Il m’a permis de présenter l’image du train comme une figure centrale du texte. Il donne l’envergure géographique, les limites dans lesquelles vont se dérouler les actions : la ville, et ses « zones inhumaines », dédiées à la friche ou aux machines. J’ai également approfondi Léa, pour en faire le seul moteur du texte (ou plutôt, c’est elle qui s’est imposé à moi). Les deux chapitres sont éloignés dans le temps pour donner une impression d’une situation quotidienne, donc habituelle.

La seconde partie comporte les chapitres 3 et 4. Elle m’a servi à faire basculer l’histoire, et à expliquer aux lecteurs comment les personnages vont arriver à la situation finale. Le chapitre 3 sert de point de basculement. J’y ancre définitivement la différence entre Léa et le monde qui l’entoure, différence qui devient le moteur de ses actes transgressifs (autant par rapport à la loi que par rapport aux conventions de son milieu). Le chapitre 4 suit immédiatement, il présente la décision et la mise en oeuvre du plan. L’écart temporel se fait au milieu du chapitre. Il sert de transition menant à l’acte final, qui occupe la fin de la nouvelle.

La dernière partie regroupe donc les chapitres 5 et 6. On y atteint l’apogée de la tension narrative, puis on voit les conséquences des choix des personnages. Le chapitre 5 met en scène l’attaque de la « banque ». Cette scène a deux avantages : voir les personnages confrontés à la réalité de leurs actes, et décrire une fille déchaînée qui tire sur tout le monde (ce qui est et restera super cool à écrire ^^). Le chapitre 6 voit les personnages qui modifient leurs plans au contact du monde réel. Ils doivent prendre des décisions dans l’urgence, ce qui les mène à faire des erreurs. La fin est tragique pour donner un véritable impact à leurs actes (ça aurait été trop facile sinon)

Au final, cette nouvelle a été très facile à fabriquer :

  1. État initial de l’univers
  2. Développement du moteur du texte
  3. Apparition du moment critique, du basculement
  4. Chemin vers le dénouement
  5. Exécution du but des personnages
  6. Conséquences de cette résolution

Et franchement… Ça fonctionne, je ne crois pas qu’il manque beaucoup de chose, et c’est marrant à écrire. On peut facilement écrire un peu tous les jours sans se presser. Mais on a tout de même la place suffisante pour développer des idées et des personnages. Au niveau de la lecture, cela représente 50 pages bien aérées (Times corps 14, interligne 1,5). Un lecteur habitué peut terminer la nouvelle en une soirée, il y a peu de chance de lasser.

Maintenant, le défi, ça va être de réutiliser ce format. Il convient à cette histoire, mais conviendra-t-il à d’autres ? J’en sais rien. Il va falloir garder les mêmes requis (6*3.000) sans répéter la même structure. Sinon mes éventuels lecteurs vont avoir l’impression que je raconte toujours la même chose. J’ai déjà une idée plus précise de la quantité de travail que cela représente, c’est toujours utile. J’espère maintenant être capable d’exploiter à nouveau cette forme, qui m’a beaucoup amusé. On verra bien pour la suite.

J’ai appris d’autres trucs en écrivant cette nouvelle. J’en ferai d’autres articles sous peu. Restez à l’écoute, sur Twitter ou Facebook.

25 février 20140 commentsRead More
Majuscules accentuées et codes windows

Majuscules accentuées et codes windows

Un article qui ne sert à rien, sinon à recenser les codes utiles pour insérer des majuscules accentuées sous Windows. Ça n’a l’air de rien, mais je n’ai pas encore trouvé de liste satisfaisante sur Internet.

Pour insérer ces codes, maintenez la touche Alt enfoncée, puis tapez les chiffres sur le pavé numérique, avant de relâcher Alt. Il faut parfois, sur certains PC, appuyer sur Entrée pour faire apparaître le caractère. Si vous n’avez pas de pavé numérique sur votre clavier… Bah tant pis, faites sans ^^.

  • À : Alt + 0192
  • É : Alt + 0201
  • È : Alt + 0200
  • Ç : Alt + 128
  • : Alt + 0133 (celui là semble risible, n’empêche qu’il fait gagner deux caractères sur Twitter, c’est pas négligeable)
  • « : Alt + 0171
  • » : Alt + 0187 (Ces deux là pour écrire en français là où on ne vous le permet pas.)
  • Espace insécable : Alt + 0160
18 février 20140 commentsRead More