View Sidebar

Post Tagged with: construction

Créer un personnage

Créer un personnage

Suite à mon dernier article, j’ai pu avoir des discussions très intéressantes sur Twitter. Il a été notamment question des caractéristiques nécessaires pour créer un personnage, mais surtout du rôle que doit avoir un personnage dans une histoire. Voici donc un article pour montrer comment je crée mes personnages, et pourquoi.

Quel est le rôle d’un personnage ?

Un personnage est une composante quasiment indispensable d’un récit. D’ailleurs, je ne me souviens pas avoir vu une histoire qui n’en comportait absolument aucun. Le personnage sert d’accroche aux lecteurs : il doit les émouvoir, en bien ou en mal, mais surtout attirer leur intérêt. Les lecteurs doivent se demander qui il est, ce qu’il veut faire, et ce qu’il va lui arriver. Je considère que mon histoire contient des bons personnages dès lors que mes lecteurs peuvent me dire lequel ils préfèrent. Cela signifie que chacun est bien caractérisé et distinct des autres.

Voilà pourquoi, contrairement à certains intervenants de la discussion précédente, j’ai du mal à créer un personnage simplement pour qu’un trait soit représenté. Qu’un personnage soit noir, ou homosexuel, ou handicapé, ou oppresseur-mâle-blanc-cis-hétéro, n’est pas suffisant à mes yeux pour justifier son existence. Cela le devient si le personnage montre comment il conçoit sa condition, et si cette condition apporte au récit. Autrement, j’ai l’impression d’écrire pour faire plaisir à mes potes. Ce n’est pas mon objectif.

Chaque choix, et même chaque absence de choix, dans une caractéristique d’un personnage, est critique. Parce que chacune de ces caractéristiques peut suffire à motiver toute le récit, et donner de la vie au personnage. Voici donc la méthode que j’utilise pour créer mes propres personnages.

Les caractéristiques du personnage

Chaque étape ne peut être remplie qu’à condition d’avoir terminé la précédente. Le template a une forme d’entonnoir : l’étape précédente donne les informations qui seront nécessaires pour l’étape suivante.

Contexte

J’entends par contexte celui de la première « rencontre » entre le lecteur et le personnage, ce qui va permettre au premier de découvrir le second.

  • L’époque : La première étape est de déterminer le champ temporel dans lequel va apparaître le personnage. Cela ne signifie pas qu’on doit forcément écrire quelque chose se déroulant sur Terre. Mais on doit savoir à peu près à quelle période le lecteur va raccorder l’univers. La fantasy se déroule souvent dans une époque médiévale, par exemple. C’est encore plus critique en science-fiction, pour déterminer l’écart entre le commun du lecteur et l’univers créé. Le personnage ne disposera pas des mêmes possibilités s’il vit dans un futur immédiat, dans 200 ans ou dans 4000 ans.
  • La localisation : Une fois qu’on a déterminé le temps, on peut déterminer le lieu. Le personnage est-il citadin ou rural, si tant est qu’il existe des villes ? Le découvre-t-on dans une station spatiale, au fond de l’océan, ou en plein milieu du vide entre les mondes ? Est-il entouré de gens, ou absolument seul ? En sachant où il se trouve, le lecteur va se demander comment il est arrivé là, et ce qui va se produire. Un bon lieu peut en dire plus sur le personnage que toutes les descriptions.

Le rôle

  • Protagoniste : Un protagoniste est un sujet de l’histoire, c’est lui qui va permettre au lecteur de la suivre. Ce sont généralement les personnages les plus développés et les plus intéressants de l’histoire. Être un protagoniste implique d’avoir un objectif fort, une histoire qui le mène à cet objectif, ainsi que des traits de caractère qui semblent réels. Par contre, le protagoniste n’est pas toujours le personnage principal : ce n’est pas forcément lui qui décide de ce qui va se passer, mais c’est par lui qu’on va le voir.
  • Adjuvant : L’adjuvant est un personnage qui va agir favorablement par rapport au protagoniste. Il est secondaire dans la narration, ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas le travailler. C’est le personnage le plus sujet aux clichés, justement parce qu’on le pense moins important.
  • Antagoniste ou opposant : Celui qui s’oppose au protagoniste et à ses objectifs. C’est lui qui donne l’enjeu du texte, la plupart du temps : un bon opposant est une raison suffisante pour justifier le cheminement du protagoniste. À ce titre, l’antagoniste doit avoir une construction tout aussi évoluée que celle du protagoniste. Il peut être le personnage principal, ses actions motiveront l’histoire et feront réagir le protagoniste.

À noter que ces rôles dans l’histoire n’ont aucune connotation morale : le protagoniste peut très bien être un seigneur noir de la mort, l’adjuvant un dragon avide de massacre, et l’antagoniste un chevalier blanc défendant un royaume. Tout n’est qu’une question de point de vue choisi par l’auteur.

Les données

On entre dans le vif du sujet de la création du personnage : maintenant qu’on sait pourquoi il est là, et ce à quoi il sert, on va pouvoir en déduire ce qu’il est réellement. Ce sera ce dont le lecteur se souviendra le plus. Par exemple, pour décrire Luke Skywalker, on peut dire que c’est un homme blanc d’une vingtaine d’années, sympathique mais un peu naïf, qui a passé sa vie dans une ferme.

  • Caractéristiques physiques : Les caractéristiques physiques sont des points de départ pour la narration, parce que les spécificités du personnage peuvent faire naître une crise. Cela regroupe la couleur de peau, de cheveux et des yeux, le sexe et le genre, les éventuels affections ou handicaps, les signes distinctifs… Aucun n’est anodin. Par exemple, si un personnage a une couleur de peau qui diffère de celle des autres personnages, ça peut être l’occasion d’introduire une origine distincte, et donc une nouvelle société.
  • Caractéristiques morales : Le personnage est-il une personne sympathique, ou un authentique connard ? A-t-il une phobie, des croyances, des convictions politiques ? Se bat-il pour quelque chose, se cherche-t-il une cause, ou ne vit-il que pour lui-même ? Un personnage est un être vivant, avec une histoire, ces caractéristiques viennent toujours de quelque part. Une fois que les choix moraux sont décidés, il faut éviter les contradictions, sinon le lecteur va sentir qu’on se moque de lui. On ne peut pas changer de sexe d’une page à l’autre (pas sans une bonne raison), mais on peut très vite passer de méchant à gentil d’un coup, si l’auteur est paresseux.

La représentation

C’est le point le plus délicat. Un personnage peut servir de représentation de l’idée maîtresse du récit, d’opposition à cette idée, ou de point de vue alternatif. Pourtant, je ne suis pas certain qu’il soit nécessaire de formaliser cette représentation. Il y a des avantages et des inconvénients à penser consciemment l’utilité du personnage dans la formation de l’idée de l’histoire.

  • Avantages : Il est plus facile, en formalisant, de construire son histoire et présenter son idée. Vous voulez montrer à quel point le capitalisme rend les gens déments ? Confrontez un banquier et un anarchiste ! Un personnage est ce qui permet au lecteur de voir le monde, en suivant ses actes. Ils sont donc les plus capables de porter la crise essentielle de l’histoire.
  • Les inconvénients : Le gros risque, c’est de piéger les personnages dans ce qu’ils représentent, au détriment de leurs constructions. Ils deviennent ainsi des caricatures d’eux-mêmes, aux actes dictés par l’auteur, et perdent en cohérence. Les personnages doivent dépasser leur condition de porte-parole, sans quoi ils ne sont que de pâles copies d’eux-mêmes. C’est pourquoi il est risqué d’assigner une représentation aux personnages.

Dans tous les cas, ce template n’est qu’un outil. On est libres d’en sortir si c’est nécessaire. De même, il n’est pas indispensable de donner toutes les informations au lecteur, tant qu’on les a en tête. Le principal, c’est de rester cohérent avec les informations qu’on a donné auparavant. Si on contredit ces informations, il faut l’expliquer. Sinon, le lecteur aura l’impression qu’on se moque de lui, et qu’on change les conditions de la narration sans logique.

Et le plus important : Si un perso paraît cool et amusant à décrire, il DOIT être créé !

1 avril 20140 commentsRead More