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Surcharge, retour d’expérience : écrire 18.000 mots

Surcharge, retour d’expérience : écrire 18.000 mots

25 février 2014 10 h 00 min0 comments

Récemment, j’ai écrit une nouvelle, Surcharge. J’ai pu tester tout un tas de trucs sur ce texte, des constructions ou des contraintes narratives que je n’avais jamais abordé. L’une d’elle est le format du texte : 18.000 mots, sur six chapitres de 3.000. C’est vraiment un format très sympa à écrire, voilà pourquoi je tenais à expliquer d’où il vient, et ce qu’il m’apporte.

Durant le mois de Novembre 2013, j’ai décidé de laisser tomber mon projet de roman. J’en avais marre de cet univers (même s’il est trop génial et que je m’éclate avec). Je n’avais plus d’idées. Et pour couronner le tout, celles qui existaient déjà commençaient sérieusement à sentir le roussi. Elles le sentent toujours d’ailleurs, mais je commence à pouvoir expliquer tout ce que j’ai imaginé, donc rien n’est perdu. J’ai décidé de faire autre chose, et d’écrire une nouvelle.

Le sujet est sorti d’une conversation Skype débile et probablement trop tardive : « Un couple braque une banque pour s’acheter des sextoys ». Je me suis dit qu’il fallait essayer de finir ça en un mois, probablement à cause du Nanowrimo qui commençait. Mais je n’allais pas envoyer les 50.000 mots demandés. Je n’ai pas cette faculté à rédiger des quantités astronomiques de texte par jours, comme Keela, qui dépassait les requis de l’exercice. Ça doit demander une faculté de concentration que je n’ai pas. Un peu comme ces mutants qui écrivaient 6 feuilles doubles de dissertation en licence de Lettres (des gens forts étranges).

Ainsi, j’ai regardé mon bouquin, et vu que les chapitres faisaient en gros 6.000 mots chacun. Chaque chapitre est long à écrire (ce qui explique ma flemme ces temps-ci). J’ai donc arbitrairement divisé par deux, et décidé de me tenir à 1.000 mots par jour, pour finir en avance sur le mois et revoir le texte. Évidemment, je me suis découragé en une semaine et j’ai terminé à peine deux jours en avance, au lieu de douze. Mais bon, l’essentiel est d’y avoir cru un temps… Dans tous les cas, j’ai respecté mes délais et la structure a tenu debout. Le nombre final de chapitres s’est développé de lui-même, au fil du texte.

Cette structure en 6*3.000 mots m’a été très utile pour construire la progression de l’histoire. Elle m’a permis de développer correctement l’ensemble des composantes du récit dont j’avais besoin :

  • Un univers cohérent, largement inspiré de la réalité que j’ai connue, avec une grande quantité de détails pour le rendre familier au lecteur, et de possibilités à exploiter dans le récit.
  • Des personnages crédibles, attachants, et surtout individualisés. Léa et Jean sont deux personnes qu’on pourrait rencontrer, dans des circonstances particulières. Leurs personnalités découlent de leurs passés respectifs, ils n’agissent pas d’une manière qui contredit leur logique (du moins je crois).
  • Une histoire qui tient la route, avec une situation initiale, un élément perturbateur annoncé à l’avance, et des conséquences à cet événement. Il n’y a pas de problème abordé et non résolu, la fin clôt réellement le cheminement. Même si on se demande ce qu’il advient de Léa.
  • Un style potable. Je ne suis pas un grand styliste, mais selon les retours, c’est agréable à lire. Le rythme est vivant et la lecture facile.

En six chapitres, j’ai pu diviser mon histoire en trois grandes parties. Elles permettent de donner au lecteur toutes les informations dont il a besoin.

La première partie, composé des deux premiers chapitres, sert de présentation. Le premier chapitre développe les protagonistes. On apprend qui ils sont, ce qu’ils font, des éléments de leur passé qui motivent leurs actes présents. On y voit le milieu géographique et social dans lequel ils vivent. On en apprend aussi sur leur relation, ses origines, et leur attachement l’un à l’autre. Le second chapitre présente un peu plus l’univers du récit. Il m’a permis de présenter l’image du train comme une figure centrale du texte. Il donne l’envergure géographique, les limites dans lesquelles vont se dérouler les actions : la ville, et ses « zones inhumaines », dédiées à la friche ou aux machines. J’ai également approfondi Léa, pour en faire le seul moteur du texte (ou plutôt, c’est elle qui s’est imposé à moi). Les deux chapitres sont éloignés dans le temps pour donner une impression d’une situation quotidienne, donc habituelle.

La seconde partie comporte les chapitres 3 et 4. Elle m’a servi à faire basculer l’histoire, et à expliquer aux lecteurs comment les personnages vont arriver à la situation finale. Le chapitre 3 sert de point de basculement. J’y ancre définitivement la différence entre Léa et le monde qui l’entoure, différence qui devient le moteur de ses actes transgressifs (autant par rapport à la loi que par rapport aux conventions de son milieu). Le chapitre 4 suit immédiatement, il présente la décision et la mise en oeuvre du plan. L’écart temporel se fait au milieu du chapitre. Il sert de transition menant à l’acte final, qui occupe la fin de la nouvelle.

La dernière partie regroupe donc les chapitres 5 et 6. On y atteint l’apogée de la tension narrative, puis on voit les conséquences des choix des personnages. Le chapitre 5 met en scène l’attaque de la « banque ». Cette scène a deux avantages : voir les personnages confrontés à la réalité de leurs actes, et décrire une fille déchaînée qui tire sur tout le monde (ce qui est et restera super cool à écrire ^^). Le chapitre 6 voit les personnages qui modifient leurs plans au contact du monde réel. Ils doivent prendre des décisions dans l’urgence, ce qui les mène à faire des erreurs. La fin est tragique pour donner un véritable impact à leurs actes (ça aurait été trop facile sinon)

Au final, cette nouvelle a été très facile à fabriquer :

  1. État initial de l’univers
  2. Développement du moteur du texte
  3. Apparition du moment critique, du basculement
  4. Chemin vers le dénouement
  5. Exécution du but des personnages
  6. Conséquences de cette résolution

Et franchement… Ça fonctionne, je ne crois pas qu’il manque beaucoup de chose, et c’est marrant à écrire. On peut facilement écrire un peu tous les jours sans se presser. Mais on a tout de même la place suffisante pour développer des idées et des personnages. Au niveau de la lecture, cela représente 50 pages bien aérées (Times corps 14, interligne 1,5). Un lecteur habitué peut terminer la nouvelle en une soirée, il y a peu de chance de lasser.

Maintenant, le défi, ça va être de réutiliser ce format. Il convient à cette histoire, mais conviendra-t-il à d’autres ? J’en sais rien. Il va falloir garder les mêmes requis (6*3.000) sans répéter la même structure. Sinon mes éventuels lecteurs vont avoir l’impression que je raconte toujours la même chose. J’ai déjà une idée plus précise de la quantité de travail que cela représente, c’est toujours utile. J’espère maintenant être capable d’exploiter à nouveau cette forme, qui m’a beaucoup amusé. On verra bien pour la suite.

J’ai appris d’autres trucs en écrivant cette nouvelle. J’en ferai d’autres articles sous peu. Restez à l’écoute, sur Twitter ou Facebook.

A propos de l'auteur :

a écrit 44 articles sur Ex-retis.com.

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